[1.10] Municipales : le crash démocratique qui vient ?
L'éparpillement et la polarisation des listes pourrait faire élire de nombreux maires avec bien moins de 50 % des voix, mais toujours avec de larges majorités en sièges. Démocratiquement inquiétant.

Salut !
C’est le dixième épisode de Blocs & Partis ! Cette semaine, à un mois des municipales, on se pose la question des conséquences de possible record de candidatures au second tour. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est une grande aide pour la visibilité de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un VRAI PODCAST, c’est moi qui parle, pas une IA, y’a de jolis jingles, on se donne du mal. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un terrible jeu : « La Carte électorale perdue ». La publication est pour le moment gratuite, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
La chronique
Bon. Il ne reste plus que vingt-quatre jours avant le premier tour des municipales et j’ai l’impression que ça n’intéresse toujours pas grand monde. Ça va venir ? Ça va venir. C’est souvent répété dans les médias : les élections municipales sont celles que les Français·es préfèrent avec la présidentielle - malheureusement - et puis les maires sont perçus comme les derniers représentants politiques dignes de confiance.
Il y a une logique à s’intéresser d’abord et avant tout à l’élection la plus importante (la présidentielle - MALHEURESEMENT) et la plus proche de nous (les municipales). Il y a aussi du vrai dans la popularité des maires : l’été dernier encore une étude d’Ipsos affirmait que 69 % des sondé·es avaient confiance en leur maire.
« À l’heure où la défiance à l’égard des institutions nationales demeure élevée, la commune reste un espace d’ancrage, de confiance et d’attentes concrètes. Si les maires conservent un haut niveau de légitimité, c’est moins en vertu d’un lien affectif que par leur capacité à incarner une action publique perçue comme honnête, accessible et utile », analysait alors Martial Foucault, du Cevipof.
Vers la fin de l’exception municipale ?
Et si les municipales de 2026 marquaient le début de la fin de cette exception, de cette oasis municipale dans le désert politique français ? Il ne s’agit pas ici de faire un pronostic, encore moins une prédiction - ma boule de cristal est chez le réparateur - mais une hypothèse.
Dans une scène politique non seulement polarisée mais éparpillée façon puzzle, il n’est pas très difficile d’imaginer que les listes pourraient être plus nombreuses au premier, mais aussi au second tour des municipales dans bien des communes. Il suffit d’obtenir 10 % des exprimés au premier tour pour être autorisé à se maintenir. Les sondages - certes sur un échantillon de ville très limité - semblent nous indiquer cette tendance.
Certes, une liste qui peut se maintenir peut aussi fusionner avec une autre, et il y en aura. Tous les matamores de l’autonomie et de la pureté politique avant le premier tour n’ont pas toujours le même discours après le dit premier tour. Il ne faut néanmoins pas négliger l’état de tension que peut représenter une campagne ultra locale. La polarisation, elle n’est pas que nationale, elle n’est pas que dans les grandes villes.
Les démissions de maires sont d’abord politiques
Il ne faut pas oublier que la première raison des démissions des maires (on en comptait plus de 2000 l’été dernier depuis le début du mandat) ce sont les tensions politiques locales à plus de 30 %, loin devant les passations de pouvoirs anticipées et les problèmes de santé physique (autour de 13 % chacun) d’après l’Observatoire de la démocratie de proximité.
Mais, la multiplication des listes au second tour, ce n’est pas en soi un risque. Le risque, c’est la conjugaison de cette multiplication des listes au second tour et de notre mode de scrutin. Plus de listes maintenues, c’est possiblement plus de maires élu·es avec moins de 50 % des suffrages. Or, en France, le mode de scrutin des élections municipales de toutes les communes moins Paris, Lyon et Marseille, assure au gagnant une large majorité absolue en sièges dans son Conseil municipal. Quand la liste gagnante a remporté plus de 50 % des suffrages, pas de problème. Mais quand c’est moins ?
Perspective complètement pétée
Remporter l’élection avec 40 % des voix, 30 % des voix, 20 % des voix… vous offre les mêmes coudées franches pendant sept ans - les prochaines municipales auront probablement lieu en 2033. Délirant ? Oui, complètement.
Cette réalité-là est complètement occultée par le personnel politique qui, au niveau local comme national, est drogué au fait majoritaire. Il y a quelques mois, pendant les débats sur la réforme du mode de scrutin de Paris, Lyon et Marseille, j’avais écrit que le problème de l’ancien mode de scrutin n’était pas tant les arrondissements ou secteurs que la prime majoritaire, qui reste de 25 % (contre 50 % avant et dans le régime général). « Bah ouais, mais à un moment donné, la mairie, il faut la gérer », me répondait très franchement un élu de gauche parisien.
À Paris, justement, on parle déjà d’une ville « ingouvernable» car si un candidat n’obtient pas au moins 33 % des voix au second tour - ce qui est bien possible en cas de pentagulaire - eh bien la liste gagnante n’aura pas la majorité absolue au Conseil de Paris. Mais attendez : ne pas avoir la majorité absolue quand on ne réunit qu’un tiers des voix ça n’est que justice ! Notre perspective est juste complètement pétée !
C’est cela, le crash démocratique qui vient peut-être : comment peuvent bien se passer des années de mandat à gouverner dans la plénitude de ses moyens une commune quand 60 ou 70 ou 80 % de l’électorat a voté sinon contre vous en tout cas pour d’autres que vous ? Réponse dans sept ans. En attendant, l’état de notre vie politique nationale - où les gouvernements sont structurellement minoritaires et désormais très minoritaires en voix aux législatives depuis des décennies - nous donne quand même un petit indice.
Vous préférez la stabilité même pour une liste gagnante avec 25 % des voix ? De toute façon chez vous le maire va repasser avec 70 % donc c’est pas un sujet ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Rendez-vous
Dimanche 8 mars, à partir 20 heures, je vous propose un stream spécial municipales 2026 sur ma chaîne Twitch avec Mathieu Gallard, directeur d’étude chez Ipsos-BVA. On y répondra à vos questions sur les municipales, à une semaine pile du premier tour. Participez aussi avec nous la construction d’un nouveau concours de pronos en vue du scrutin. Vous villes en sera-t-elle ? A vous de faire le forcing dans le chat !
Rendez-vous donc dimanche 8 mars, à partir de 20 heures, sur ma chaîne Twitch.
Choses vues
Fin de soirée // J’étais au meeting de Pierre-Yves Bournazel, le candidat Horizons-Renaissance à Paris, au Cirque d’hiver, le 10 février. C’était vraiment marrant de voir que les plus motivé·es, les plus ambianceur·ses étaient dans les premiers rangs : les député·es, grand élu·es, cadres, collaborateur·rices, parfois même ex-tout ça du bloc central. Vraiment, la Macronie n’a jamais autant ressemblé à mes yeux à une réunion de promo d’un ancien BDE d’école de commerce sur le retour que ce soir-là. Mais ce n’était peut-être pas sans raison ? J’ai trouvé qu’il y avait du Macron 2016/2017 dans le discours d’un Bournazel tout en modération, tout en « dépassement », tout en « bienveillance », mot clé de la campagne de 2017. Qui revendique et l’héritage de Delanoë et celui de Chirac - deux héritages à peu près antithétiques, mais osef ! Bref, j’ai l’impression qu’elle leur fait du bien cette campagne à des macronistes peut être parfois un brin nostalgiques de la tonalité positive des premières années.
Réaction en chaine // Le meurtre du militant d’extrême droite Quentin Deranque, samedi, à Lyon, peut-elle avoir des conséquences sur les élections municipales ? Elle en a déjà, à vrai dire. Alors que le groupe dissout la Jeune Garde, qui est suspecté, a des liens avec la France insoumise, les candidat·es de droite jouent sur du velours en demandant aux listes de gauche de se positionner sur d’éventuelles fusions de second tour avec LFI. C’est bien entendu le cas à Lyon, où l’alliance entre les listes du maire écolo Grégory Doucet et la députée LFI Anaïs Belouassa-Cherifi paraissait jusque-là assez simple…en tout cas comparé aux autres grandes villes. Plus largement, ce sera un enjeu clé dans un scrutin où dans bien des communes, c’est la division des gauches qui décidera d’une victoire de la droite et vice-versa.
Caca dans la colle ? // Je ne peux évidemment pas m’empêcher de jeter un regard distrait mais curieux sur la campagne municipale à La Rochelle. Là-bas s’affrontent principalement Olivier Falorni, député depuis 2012, ex-PS désormais au groupe MoDem, défait de peu en 2020 ; Maryline Simoné, PS à la tête d’une liste avec écologistes et communistes ; et Thibaut Guiraud, maire à l’étiquette assez incertaine en place depuis juin après la démission de Jean-François Fountaine, maire ex-PS élu en 2014. En jeu pour la qualif une liste de droite, une liste RN et une liste LFI. Mais cette course à trois, je me demande si ce n’est pas surtout une course à deux entre Falorni et Simoné. Pas facile d’être maire depuis huit mois et globalement…inconnu, jusqu’à donc une identité politique assez floue. Il faut le reconnaître, ce vague sentiment ne s’appuie à date sur rien de très concret. Mais ! Je sais reconnaître une campagne à l’agonie quand j’en vois une. Et en début de semaine Thibaut Guiraud a accusé ses deux concurrent·es d’avoir ajouté « des substances nocives dans la colle » de leurs affiches…sans preuves. Bon. C’est un épisode assez classique, hyper clochemerle, des campagnes municipales : les chicanes sur les affiches, le nombre de personnes dans les meetings… Mais quand vous en êtes là pour faire parler de vous, c’est que vous avez vraiment plus grand-chose en poche.
La Carte électorale perdue : devinez la ville à ses urnes
Saurez-vous reconnaître quelle ville se cache derrière les résultats des onze élections présidentielles de la Ve République ? Le principe est simple, la réponse beaucoup moins.
Une règle : on ne cherche que des préfectures ou sous-préfectures. Ce qui nous permet déjà de limiter les réponses possibles, de bien quadriller le territoire et d’avoir des très grandes villes et des toutes petites.
Cette semaine, c’est bien plus dur, mais on cherche une ville d’actualité :
Une idée de la réponse ? Envoyez-la-moi à blocsetpartis+jeu@gmail.com. Solution bien sûr dans la prochaine newsletter.
La solution du 5 février // Car la semaine dernière c’était vraiment très simple. La surdomination de la gauche, jadis du Parti communiste français, aujourd’hui de Jean-Luc Mélenchon, vous a rapidement amené vers la Seine-Saint-Denis et sa préfecture, nous étions donc à Bobigny.
Dès 8h07 c’est l’inarrêtable Valerio Motta qui a trouvé la bonne réponse en premier, suivi à 8h09 de Romain Miele-Hubert qui manque de peu les points de rapidité. Au total 34 personnes ont trouvé la bonne réponse, un record et de loin, dont trois femmes - c’est aussi un record - Marion Dupas, Lisa Rouzier et Emilie Alonso. Ont aussi visé juste : Arthur Nicolas, Nicolas Fert, Simon Billouet, Paul Stuckle, Philippe Delepierre, Arthur Peregrin, Noé Allouche, Paul Berthelot, Nicolas Bousquet, athe_red, Arthur Olivier, Vincent Mazoyer, Maverick Martins, Antoine Uguen, Louÿ Lenoir, Jean-Philippe Derosier, Alain Ranier, Nicolas Postic, QMA, Karl Joulain, Sulio Barret-Marhic, Daniel Égret, Sacha Metzker, Benjamin Tubiana, Lucien Perrin, Quentin Weber-Saban, Antoine Planchot, Walker Miller et Antoine Mire. On trouve désormais 51 personnes dans le classement général.
Les données utilisées proviennent du ministère de l’Intérieur et de J. Cagé et T. Piketty (2023) : Une histoire du conflit politique. Élections et inégalités sociales en France, 1789-2022. Le Seuil.
C’est tout pour moi cette semaine. Je vous donne rendez-vous jeudi 5 mars 2026 pour le onzième épisode de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.









En plein accord sur cette hypothèse. La baisse de participation aux municipales est une tendance de fond, ça fait trop longtemps qu'on vit sur le récit non démontré du "scrutin préféré des Français", alors que les courbes montrent que ça pourrait bientôt se croiser avec les européennes.
Bonjour,
Je suis co-initiateur d'une enquête inédite auprès de 900 élus locaux d'opposition censés incarner un contre-pouvoir essentiel à la démocratie. Ce baromètre a été complété par 500 entretiens téléphoniques. Les enseignements révèlent un état d'ores et déjà dégradé de la démocratie dans nos communes en raison notamment du mode de scrutin. La proportionnelle avec prime majoritaire de 50 % permet notamment à la liste arrivée en tête de disposer de 80 % des sièges. Les résultats de l'enquête montrent aussi les faiblesses d'autres contre-pouvoirs : autorités préfectorales, presse locale, justice...
Cette enquête est actuellement médiatisée via la PQR notamment.
Je souhaiterais pouvoir vous adresser ce baromètre et échanger avec vous sur une réalité souvent ignorée de nos concitoyens.
Bien cordialement
Yvon Rosconval
0789547651