[1.11] Qui va gagner les municipales ?
Comment prévoir 35 000 scrutins différents ? Impossible, et l'analyse politique ne prédit pas l'avenir. Mais elle peut donner quelques clés de lectures. Pour cela, je vous propose mon Top 281.

Salut !
C’est le onzième épisode de Blocs & Partis ! Cette semaine, on se demande qui va gagner les municipales, dont le premier tour est dans dix jours. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est une grande aide pour la visibilité de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un VRAI PODCAST, c’est moi qui parle, pas une IA, y’a de jolis jingles, on se donne du mal. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un terrible jeu : « La Carte électorale perdue ». La publication est pour le moment gratuite, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
Calendrier spécial municipales
Les élections municipales vont bousculer le calendrier habituel des publications de Blocs & Partis. Ainsi, notez bien que le prochain épisode régulier, le douzième, avec la chronique, les brèves et le jeu, sera publié le jeudi 26 mars, après le second tour des municipales, pour un premier grand bilan.
MAIS, hors de question de vous laisser seul·es dans cette excitante période - écoutez oui, moi, même les municipales ça m’excite, que voulez vous ? Ainsi, je vous propose trois rendez-vous épistolaires hors-série. Voici le programme :
Jeudi 12 mars : à quelques jours de premier tour, je vous propose de participer à notre concours de pronostics de geeks de politique pour les municipales, sur le modèle de ce que nous avions déjà fait pour les élections de 2022 ou les Européennes avec Mathieu Gallard.
Lundi 16 mars : au lendemain du premier tour des municipales, l’analyse express dans une série de villes, sur le modèle de ce que je fai
sais ces dernières années sur Twitter ici ou là. Probablement sans la version podcast, j’ai peur de ne pas avoir le temps d’enregistrer dans la nuit. Cette lettre sera pour la première fois réservée aux détenteur·ices d’un abonnement payant.
Lundi 23 mars : au lendemain du second tour des municipales, l’analyse express dans une série de villes. Idem, sans podcast sauf miracle. Cette lettre sera aussi réservée aux détenteur·ices d’un abonnement payant.
EN SUS, deux streams sont au programme :
Dimanche 8 mars, à partir 20 heures, rendez-vous pour une pré-soirée électorale municipale sur ma chaîne Twitch avec Mathieu Gallard, directeur d’étude chez Ipsos-BVA. On y répondra à vos questions sur les municipales, à une semaine pile du premier tour. Participez aussi avec nous la construction du concours de prono publié le 12 mars. Vôtre ville en sera-t-elle ? A vous de faire le forcing dans le chat !
Et probablement dimanche 29 mars, à partir de 20 heures…la post-soirée électorale, avec les même protagonistes, pour débriefer les municipales ET notre concours de pronos ! Toujours sur ma chaîne Twitch.
La chronique
Oui, si vous êtes ici, c’est peut-être que vous êtes tombé·es dans le titre « clicbait » de ce onzième épisode. Je dois vous l’avouer dès maintenant : non, je ne vais pas vous dire qui va gagner les élections municipales. Parce que l’analyse politique ne consiste pas à prédire l’avenir. Je pense qu’en cette période électorale, c’est important de le rappeler. Les pronos, c’est pour la gloriole, et on en parle jeudi prochain.
En revanche, l’analyse politique peut donner des clés de lecture des résultats à un public intéressé, mais non-expert qui reçoit une plâtrée de chiffres le dimanche soir entre 20 h et minuit sans souvent de mises en contexte. Ce sont des probabilité que tel ou tel événement se produise au vu d’une campagne électorale, de son ambiance, des candidat·es, de l’histoire politique d’un pays ou, en l’espèce, d’une commune, de sondages, de ses propres biais évidemment…
Parce que la simple victoire ou défaite ne dit pas tout d’une élection. Il y a des événements, des scores attendus, et des surprises. Les surprises, au fond, c’est ce qui nous permet de voir ce qui a fondamentalement bougé le jour d’une élection.
Pour ne pas se contenter des éléments de langage des partis, ou des résultats des très grandes villes, je voudrais vous proposer ma grille de lecture pour ces municipales. Pas pour dire ce qui pourrait se passer dans telle ou telle ville. Mais pour distinguer plus globalement des mouvements significatifs ou pas.
Le Top 281
Pour ça, je vous propose le « Top 281». 281 « communes tests » pour jauger des succès des uns et des défaites des autres. Ce sont les 268 communes de plus de 30 000 habitant·es et les 13 préfectures des départements qui n’ont pas de villes aussi grandes, exclusivement en Europe. Un nombre assez réduit pour avoir une idée du résultat dès la nuit du scrutin, mais assez large pour rassembler un tiers de la population de France européenne… Ce n’est pas tout le pays, mais c’est déjà un gros bout.
Dans cette France là, quel était l’état des forces en 2020 ? 103 communes avaient un maire de gauche (17 PCF, 55 PS, 13 EELV, 1 Générations, 1 Place publique, 16 divers gauches) ; 16 avaient un maire du bloc central (3 MoDem, 6 LREM, 7 divers centre) ; 157 un maire de droite (16 UDI, 119 LR, 22 divers droite) ; 3 un maire d’extrême droite (dont 2 RN) ; deux maires étaient inclassables.
Il n’y a là aucun maire Horizons, le parti d’Édouard Philippe, car il n’existait pas en 2020. J’ai décidé de ne compter que l’étiquette du maire élu lors de l’élection générale. Les partielles et changements d’étiquettes entre deux scrutins ne sont pas pris en compte. Par ailleurs, il se peut qu’il y ait quelques doutes, sur les étiquettes de partis ou sur les divers gauche et divers droite, dont la définition est parfois très extensive, mais au moins entre grands blocs, je pense qu’on a une bonne idée du paysage.
Quelques repères historiques
Pour avoir plus de contexte, regardons ce qui s’est passé dans ces mêmes 281 communes depuis 1977.
C’est sur cette longue série historique que je veux insister. Car elle nous donne plusieurs repères à bien avoir en tête : la droite est largement dominatrice, la gauche quasiment à son plus bas historique. Être autour de 160 mairies, c’est dominer le Top 281, être au-dessus de 180 est un exploit unique jusque-là. À partir d’un gain net de 20 mairies, on peut parler d’une vague. D’une petite vague (21 mairies de droite en plus en 2001) à un raz-de-marée (57 mairies de droite en plus en 2014, 60 mairies de gauche en moins).
Aussi, faire basculer beaucoup de villes, comme la droite en 1983, ce n’est pas forcément gagner la majorité des villes du Top. Prenons un exemple : si le 22 mars la gauche a gagné 20 mairies de plus, il est plutôt peu probable qu’elle devienne le bloc dominant. Ce sera donc bien une petite vague rose/rouge/verte/violette (?), mais dans un paysage plutôt dominé par la droite…ou la droite et le centre.
Et puis regardez : les municipales de 2008 ont été médiatiquement interprétées comme une grande vague rose et c’est vrai, gagner 34 mairies de plus d’un coup et la majorité du top, c’est énorme. Mais, à 159 places, la gauche n’était qu’à trois unités de plus que lors de sa grande défaite de 1983…où elle venait d’en perdre 33. C’est très relatif une victoire électorale. En tout cas, cette idée de victoire peut avoir plusieurs sens dans un même scrutin.
À quoi s’attendre ?
Bon d’accord, mais pour cette année ? Si j’avais à choisir, je dirais qu’une vague (au moins 20 gains nets d’un bloc) est improbable. Il va mécaniquement y avoir un rééquilibrage entre droite et centre…mais surtout du fait de nombreux transfuges vers Horizons. Et que l’UDI a changé de bloc électoral depuis 2020. En 2026, il faudra sans doute parler de bloc de droite et du centre, tant ils sont entremêlés à ces élections municipales, et bien plus exclusivement qu’en 2020. Le chiffre a avoir en tête, c’est donc plutôt les 173 maires de droite et du centre élus il y a six ans. Tomber sous les 150, sous d’éventuels coups de boutoirs conjugués de la gauche et du RN serait un échec très significatif.
Un bloc quasiment au plus haut historique, un autre quasiment à son plus bas…à un an de la présidentielle, le statu quo ne pourrait pas raisonnablement être perçu comme une bonne résistance de la gauche. Elle pourrait, qui plus est, perdre les trois premières villes du pays, censées être de ses bastions.
Cela dit, la fourchette des probabilités pour la gauche est assez large. Il y a un monde tout à fait crédible où l’entre-deux-tours est catastrophique, où la droite et le centre ne se vampirisent pas et où l’extrême droite n’atteint pas si souvent les 10 %...et la gauche peut perdre des plumes. Il y a aussi un monde tout aussi crédible où la gauche refait plutôt son unité après le premier tour et se faufile en profitant des divisions du camp d’en face et de qualifications nombreuses d’un « petit » RN au second tour. Cela peut vite se transformer en une quinzaine de gains nets.
Et l’extrême droite dans tout ça ? Bien sûr, le gros des chances du RN est en dessous des communes de plus de 30 000 habitants·es. Mais une poignée de succès dans le Top 281 pourrait être interprété comme une sorte de partie visible de l’iceberg. Aujourd’hui, l’extrême droite a trois mairies, sans doute qu’au-dessus de 10, on pourrait déjà parler d’un succès solide.
Voilà pour ces quelques clés de lecture qui nous aideront à interpréter les résultats de ces municipales. On s’en reparle le 8 mars, dans la pré-soirée électorale sur Twitch dont je vous parlais un petit peu plus haut. Et bien sûr dès le lendemain matin du premier tour des municipales dans une édition spéciale de Blocs & Partis.
Vous habitez hors du Top 281 et ça vous chagrine ? Vous pensez que la droite va gagner à Rennes et la gauche à Nice ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Choses vues
Sondage unique // Il a été malin, Foulque Chombard de Lauwe, le candidat LR-bloc central à Nantes. En faisant fuiter dans Le Point un sondage qu’il a commandé et qui est très très loin des chiffres attendus, il a mis les projecteurs sur une campagne municipale nantaise qui n’intéressait personne au niveau national tant la réélection de Johanna Rolland (PS-LÉ-PCF) parait acquise - et, au passage, je le pense toujours. La maire sortante a par la suite elle-même publié son propre sondage dans Ouest-France, qui dit mais alors résolument l’inverse de celui de son adversaire. Il n’est bien entendu pas moins biaisé que l’autre : les sondages commandés par les candidats sont souvent - involontairement ! - plus favorables à leurs commanditaires. Moi, ce n’est pas un secret, je suis très favorable aux sondages d’intention de vote, et je pense même qu’il en faudrait plus : un sondage isolé dans une ville focalise complètement l’attention d’une campagne municipale, à tort. Or, les médias ont peu d’argent : au mieux, un sondage sera fait, et bien souvent pas, ce qui laisse la porte ouverte à une « manip » à la nantaise. Car, pourquoi pas publier une intention de vote qu’on n’a même pas eu à payer ? Quelle aubaine ! La campagne Grégoire a fait la même chose à Paris - où, pour le coup, il y a plus de sondages donc c’est passé un peu plus inaperçu - en faisant fuiter dans L’Opinion une étude juste après la publication d’une autre, très mauvaise, pour tenter de l’effacer rapidement des tablettes. Les candidats essayent de créer les circonstances qui leurs sont les plus favorables, c’est de bonne guerre. Comme d’habitude, le problème avec les sondages, c’est…nous, les journalistes.
Les amants parallèles // Médaille d’or de patinage artistique en couple ou César des meilleur·es acteur·ices ? On ne sait que choisir, tant la performance artistique des derniers jours entre le Parti socialiste et la France insoumise sur les fusions ou pas entre les deux tours des municipales est bluffante. De chaque côté, on monte sur ses grands chevaux, montre les muscles : « Nous appelons localement les militant·es insoumis·es à se désolidariser » des propos de Jean-Luc Mélenchon disent les premiers ; les candidats devront affirmer qu’ils voteront à gauche face à l’extrême droite au second tour de la présidentielle quoi qu’il arrive, disent les seconds. « Pas d’accord national ! », assurent les roses ; « fusions techniques ! », avancent les mélenchonistes. Bien sûr, tous les éléments pour que tout explose sont réunis. Mais en clair : on s’adresse aux militants locaux, pas aux directions ; pas d’accord national, ça sous-entend que des accords locaux sont possibles ; et vraiment, on ne te fera pas chier dans ton éventuelle majo, puisqu’on propose une fusion seulement technique. C’est beau à voir, s’en est presque émouvant. Ça sera probablement un peu plus chaotique entre le dimanche 15 mars 20 heures et le mardi 17 mars à 18 heures, mais ça vaudra le détour.
La Carte électorale perdue : devinez la ville à ses urnes
Saurez-vous reconnaître quelle ville se cache derrière les résultats des onze élections présidentielles de la Ve République ? Le principe est simple, la réponse beaucoup moins.
Une règle : on ne cherche que des préfectures ou sous-préfectures. Ce qui nous permet déjà de limiter les réponses possibles, de bien quadriller le territoire et d’avoir des très grandes villes et des toutes petites.
Cette semaine, on cherche une ville du TOP281 qui n’a pas changé de bloc depuis 1977 :
Une idée de la réponse ? Envoyez-la-moi à blocsetpartis+jeu@gmail.com. Solution bien sûr dans le prochain numéro régulier, le jeudi 26 mars. D’ici là, ami·es joueur·euses, ne manquez pas notre concours de pronos des municipales, dans vos boites aux lettres jeudi prochain.
La solution du 19 février // Vraiment pas facile de trouver où se trouve cette sous-préfecture qu’on a du mal à distinguer de la moyenne. Les plus malins ont vu un fort sur-vote Balladur or, d’habitude, le candidat RPR dissident de 1995 est généralement fort dans les régions qui votent nettement plus à droite que la moyenne… ce qui n’est pas le cas ici. Mais il fallait forcément croiser avec l’indice, en plein Jeux olympiques d’hiver… Nous étions donc à Albertville !
C’était beaucoup beaucoup moins évident que les fois précédentes et ça s’est vu : seulement 14 personnes ont trouvé la bonne réponse. Et LA plus rapide était Émilie Alonso. Ont suivi : Valerio Motta, Nicolas Fert, Antoine Mire, Romain Miele-Hubert, Simon Billouet, Paul Stuckle, Philippe Delepierre, Arthur Peregrin, Paul Berthelot, Nicolas Bousquet, Maverick Martins, athe_red et Alain Ranier.
Les données utilisées proviennent du ministère de l’Intérieur et de J. Cagé et T. Piketty (2023) : Une histoire du conflit politique. Élections et inégalités sociales en France, 1789-2022. Le Seuil.
C’est tout pour moi cette semaine. N’oubliez pas : le prochain épisode régulier de Blocs & Partis sera publié le jeudi 26 mars 2025. Mais on se retrouve les jeudi 12 mars, lundi 16 mars et lundi 23 mars pour les éditions spéciales municipales.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.









