[1.13] Les sondages un an avant ne donnent pas le vainqueur, mais...
C'est un sport national du pointer du doigt les « erreurs » des sondages un an avant la présidentielle. Mais il n'y a pire aveugle que celui ou celle qui ne veut pas voir.

Salut !
C’est le treizième épisode de Blocs & Partis ! Cette semaine, on se moque de celles et ceux qui se moquent des sondages. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est une grande aide pour la visibilité de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un VRAI PODCAST, c’est moi qui parle, pas une IA, y’a de jolis jingles, on se donne du mal. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un terrible jeu : « La Carte électorale perdue ». La publication est pour le moment gratuite, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
La chronique
On peut se marrer avec les sondages. On peut en faire des tonnes même sur les « erreurs » des sondages qui - ces gros nuls - sont incapable de prédire le nom du prochain président de la République un an à l’avance. Et, précisément, c’est la saison. Les municipales sont passées - n’ayez crainte, dans Blocs & Partis, on y reviendra ENCORE - et nous sommes, à quelques jours près, un an avant le premier tour de la présidentielle de 2027.
Plusieurs médias y vont de leur sondage : les derniers donnent un Édouard Philippe largement favori de son camp pour accéder au second tour, et même plutôt vainqueur au second face à l’extrême droite. Jordan Bardella (ou Marine Le Pen, mais enfin plutôt Bardella) sont haut, la gauche est dans les choux.
À partir de là un ballet tout à fait codifié se met en place : celles et ceux qui ont des bons sondages restent prudents, mais les soulignent l’air de rien, les autres rappellent à grand coup d’émoji mort de rire et de captures d’écran d’archives que les sondages un an avant l’élection ne valent rien. Et certains médias - peut être ceux qui n’ont pas les moyens de s’en acheter - font des articles voire des éditos pour rappeler où en étaient les intentions de vote à pareille époque lors des précédentes campagnes.
Répétez après moi : les sondages ne prédisent rien
La chorégraphie est tellement automatique que j’en ai même vu un sur Twitter, il y a quelques jours, railler un sondage du printemps 2021 qui donnait Macron et Le Pen au second tour et Mélenchon premier à gauche. Je ne sais pas les gars, mais faites au moins un effort ?
Bon d’abord rappelons ici que les sondages ne prédisent rien. Ni un an avant l’élection, ni cinq jours avant. Ils montrent un état de l’électorat, à un moment donné. Une photo. Certes, pas une photo haute définition : elle est jamais très nette, le calibrage des couleurs pas toujours optimum… Et c’est vrai, parfois, l’image est un peu déformée. D’où l’intérêt de faire beaucoup de photos, pour essayer de reconstituer une image, toujours à un moment donné, peut-être un peu plus claire.
C’est ce qui permet, chez nos voisins, de faire de magnifiques courbes de moyennes pour chaque parti sur la base de parfois dizaines de sondages d’intentions de vote publiés chaque mois, comme des baromètres permanents, même loin des élections. Mais c’est facile : on y teste une intention de vote pour un parti, éventuellement accolé à un·e chef·fe de parti.
Les « choses bougent », oui, mais est-ce que tout change ?
En France, avec l’élection présidentielle, il y a une difficulté supplémentaire : jusqu’à seulement un mois avant l’élection, le casting n’est pas totalement fixe. Alors on fait plusieurs hypothèses, chacune étant moins crédible que l’autre. Ainsi, un·e même candidat·e peut se retrouver parfois deux fois plus haut dans un sondage par rapport à celui du concurrent, car celui-ci ne teste pas telle candidature ou telle configuration.
Les articles qui rappellent où en étaient les sondages un an avant les précédentes présidentielles sont donc réalisés, à mon avis, sur de mauvais fondements. Mais ils ont le mérite de souligner que « les choses bougent ». La situation d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. Les campagnes changent la donne, l’évènement est roi. Ça parait et c’est même très con à dire comme ça, mais c’est important de le rappeler, dans un système politico-médiatique - je m’y inclus - toujours la tête dans le guidon et semble sempiternellement convaincu que la fin de l’histoire est pour ce soir.
Mais si « les choses bougent », est-ce que tout change en un an ? Pour le coup, les sondages un an avant les précédentes élections présidentielles nous disent plutôt que…non. Oui, ces sondages n’annoncent pas le nom du futur président de la République - encore une fois, cela n’a pas de sens de leur demander ça - ils ne disent pas comment va se dérouler la campagne, mais, depuis environ quarante ans, ils donnent une orientation politique tout de même assez claire.
Pas de loi intangible, mais une situation politique donnée, quand même
Passons rapidement sur les élections de 2022, 2007 et 1988 où Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy et François Mitterrand, malgré quelques trous d’air, ont globalement toujours été favoris.
Mais 2017 ? Ah ah, satanés sondages qui ont annoncé la victoire d’Alain Juppé, un candidat de centre-droit plutôt libéral pour lequel une partie de la gauche était prête à voter alors que celui qui a gagné est Emmanuel Macron…un candidat de centre-droit plutôt libéral pour lequel une partie de la gauche a voté. 2012 ? Risibles sondages qui voyaient déjà Dominique Strauss-Kahn, un candidat social-démocrate, à l’Élysée alors que c’est finalement François Hollande…un candidat social-démocrate, qui l’a emporté. 1995 ? Ridicule ! Le grand raté des sondages ! Édouard Balladur, candidat RPR, élu et réélu avant même le vote alors que c’est Jacques Chirac…un candidat RPR qui est devenu président.
Alors, oui, bien sûr, je simplifie. Car évidemment suivant la marge de victoire, l’affiche du second tour, et même les rapports de force entre blocs et infra-blocs la situation politique post-élection peut-être très différente avec pourtant un même vainqueur. 2002 est un bon exemple : la situation a toujours été très incertaine entre Chirac et Jospin, et c’est finalement Chirac qui l’a emporté. Mais bien entendu, ce n’est pas la même chose de gagner à 82 % face à Jean-Marie Le Pen qu’à 51 % contre Lionel Jospin.
Le constat que je dresse là n’a rien d’une loi intangible. Je ne sais pas si Édouard Philippe sera président dans un an. Je ne sais pas si c’est à nouveau un candidat du bloc central ou du « socle commun » qui sera à l’Élysée. Mais ne faisons pas comme si les sondages d’aujourd’hui ne nous disaient absolument rien de la situation politique du pays.
Vous pensez que la gauche, du haut de ses 30 % tout mouillés, va gagner la prochain présidentielle ? Vous croyez dur comme fer dans l’hypothèse Villepin ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Chose vue
Au PS, du nouveau ? // Voilà un endroit où les événements, pour le coup, semblent ne pas avoir de prise. On peine à ne pas rire nerveusement face aux soubresauts que connaît le Parti socialiste depuis les élections municipales entre ses trois parti·es (oui, car ce n’est pas un parti, mais trois) tant il ne s’agit que du même interminable congrès en permanence depuis au moins 2022. Trois hommes attirent tout de même l’attention : Emmanuel Grégoire, dans une interview au Nouvel Obs, Benoît Payan, dans une interview au Monde, et Philippe Brun, dans une tribune à Libération. Par leur regard cru sur la situation de leur parti, notamment Brun qui dit carrément que le problème de la gauche n’est pas LFI, mais le PS. Mais surtout en dépassant dichotomie alliance avec LFI/plutôt mourir. « Je n’ai pas de problème avec les électeurs de La France insoumise ni avec l’ensemble de ce parti. J’en ai un avec le premier d’entre eux et certains dirigeants », dit Grégoire. Payan pense qu’il faut « défendre l’union de la gauche et en même temps assumer le rapport de force avec LFI ». Apparemment antagoniste, mais n’est-ce pas ce qu’a longtemps fait le PS avec le PCF ? Il ajoute : « La radicalité a toujours fait partie des gènes de la gauche. Et la gauche en a besoin : il faut être radical face au racisme, à la xénophobie, à l’homophobie, aux injustices du monde. » Ils n’ont pas dit grand-chose, et c’est déjà beaucoup plus qu’une grande partie des leaders du PS depuis 2017.
La Carte électorale vraiment perdue // Vous trouvez qu’on organise bien les élections en France ? Vous avez tort. La date limite de candidature est très tardive ; les étiquettes sont fantaisistes ; on veut jamais avoir de discussion sur les modes de scrutin, et quand on le fait, on le fait mal ; obtenir les résultats est un enfer, en direct n’y pensez même pas ; on reporte les élections locales sur convenance ; on peut organiser des législatives anticipées en trois semaines et une présidentielle anticipée en six (recueil des 500 signatures compris)... Tout cela a des conséquences, plus ou moins importantes, sur notre système démocratique. On a fait un vrai truc bien ces dernières années : la création du Répertoire électoral unique, à partir de 2019, qui simplifie énormément la procédure d’inscription. Mais à part ça, il y a ce sentiment diffus chez les geeks des élections que ça ne marche pas si bien… Peut-être même de moins en moins bien. C’est ce qu’est venu étayer un article du Monde parti d’un nombre de couacs inédits dans la remontée des résultats des municipales. Alors, oui, 35 000 scrutins différents et simultanés, c’est - le mot est faible - difficile à organiser, mais il faut y mettre les moyens. Et visiblement, ce n’est plus toujours le cas. C’est : grave.
And the winner is // Vous avez été 536 à participer au grand concours de pronos des municipales, c’est un record, merci à toutes et tous d’avoir participé. Pour le concours classique (trouver les bons scores des listes au premier tour des municipales à Paris) le vainqueur est Hugo Mauron, qui n’avait que 4,61 points d’écart total sur le résultat, ce qui est extrêmement faible. Il était presque tout pile pour Rachida Dati, Pierre-Yves Bournazel et Thierry Mariani. Il est suivi de KingChamou (6,35) et de Nathan Guedj (7,03) tous les deux avaient vu les 38 % d’Emmanuel Grégoire. Pour ce qui est de la partie deluxe, où vous étiez encore 458 en course, le vainqueur est Apprentwittos avec 1734 points (sur 2397 possibles). Le deuxième est malheureusement resté anonyme et le troisième est Les5774 avec 1591 points. Félicitations à vous toutes et tous ! Notez quand même les belles 15e place d’Arthur Delaporte (1479 points) et la 25e place de Patrick Mennucci (1422 points). N’hésitez pas à me contacter pour votre résultat.
Tout le corrigé et tout le débriefe des élections municipales sont à retrouver dans le replay de notre post-soirée électorale, diffusée le dimanche 29 mars sur ma chaîne Twitch, avec Mathieu Gallard.
La Carte électorale perdue : devinez la ville à ses urnes
Saurez-vous reconnaître quelle ville se cache derrière les résultats des onze élections présidentielles de la Ve République ? Le principe est simple, la réponse beaucoup moins.
Une règle : on ne cherche que des préfectures ou sous-préfectures. Ce qui nous permet déjà de limiter les réponses possibles, de bien quadriller le territoire et d’avoir des très grandes villes et des toutes petites.
Cette semaine, attention, c’est très difficile. On cherche une ville d’élection d’un candidat à la présidentielle.
Une idée de la réponse ? Envoyez-la-moi à blocsetpartis+jeu@gmail.com. Solution bien sûr dans la prochaine newsletter.
La solution du 26 mars // Une tradition de centre-gauche, une gauche radicale plutôt faible, un centre plutôt fort…ça sent l’ouest de la France. Mais alors, quelle ville qui y à basculé ? Plutôt Brest, Saint-Brieuc… Non, nous étions bien à Cherbourg !
Le premier à avoir trouvé la bonne réponse est Arthur Olivier. Il a été suivi par Valerio Motta, Antoine Mire, Nicolas Fert, Arthur Nicolas, Simon Billouet, Romain Miele-Hubert, Paul Stuckle, Arthur Peregrin, Philippe Delepierre, Nicolas Bousquet, athe_red, Maverick Martins, Antoine Uguen, Quentin Weber-Saban, Lucien Perrin, Tristan Haute et Marion Poutrel.
Les données utilisées proviennent du ministère de l’Intérieur et de J. Cagé et T. Piketty (2023) : Une histoire du conflit politique. Élections et inégalités sociales en France, 1789-2022. Le Seuil.
C’est tout pour moi cette semaine. Je vous donne rendez-vous jeudi 23 avril 2026 pour le quatorzième épisode de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.







