[1.15] François Hollande candidat ? « Oublie que t'as aucune chance, vas-y, fonce »
Malgré son bilan, Hollande joue le coup à fond. Mais si « sur un malentendu ça peut passer », c'est aussi parce que ses successeur·es à gauche n'ont rien construit de solide depuis neuf ans

Salut !
C’est le quinzième épisode de Blocs & Partis ! Cette semaine, on parle de la possible candidature de François Hollande à la prochaine élection présidentielle. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est une grande aide pour la visibilité de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un VRAI PODCAST, c’est moi qui parle, pas une IA, y’a de jolis jingles, on se donne du mal. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un terrible jeu : « La Carte électorale perdue ». La publication est pour le moment gratuite, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
La chronique
Ça ressemble à une blague, mais ça n’est pas une : François Hollande, c’est Jean-Claude Dusse. Vous le voyez forcément, ce personnage des Bronzés interprété par Michel Blanc, dragueur-loser total, toujours convaincu de conclure sans jamais y parvenir. Dans cette pré-campagne présidentielle, je crois que François Hollande a décidé d’appliquer la stratégie de drague de Jean-Claude Dusse : « Oublie que t’as aucune chance, vas-y, fonce. »
Il n’y a à peu près aucun monde où il est le candidat du Parti socialiste (PS) à l’élection présidentielle de 2027. Sa seule chance c’est d’y croire à fond. De jouer le coup à fond pour faire en sorte, le moment venu, probablement très tard, d’être peut-être, sait-on jamais, le dernier truc qui tient encore debout dans le jeu de massacre de la gauche « non-mélenchoniste ». Et à plus forte raison si une très grave crise internationale se produit à ce moment-là… Eh bien, comme le veut la formule, sur un (énorme) malentendu, ça peut (très éventuellement) passer.
Vous me direz, c’est le jeu : quand vous voulez convaincre d’une chose, il faut au moins être le premier convaincu. C’est pareil avec Mélenchon et ses chances de victoire au second tour. Médiatiquement, chroniquer le retour au plus haut du président qui n’avait même pas pu se présenter à sa propre succession, ça en jette. Alors on se met à prendre à l’ultra premier degré les bons mots de François Hollande. Et c’est le récit que le député de Corrèze veut raconter. Un peu comme s’il nous disait : « Méfiez-vous, j’étais monsieur 3 %, je peux récidiver. »
Le bilan objectif, il est électoral
Mais on n’est pas complètement obligé de tomber dans le panneau. François Hollande n’a jamais été à 3 % dans des sondages d’intention de vote présidentielle, et si on en croit les archives une seule fois dans une intention de vote pour la primaire. Il n’est pas sorti de nulle part : avant l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, il est un challenger dans les intentions de vote et même un challenger très sérieux dans les souhaits de victoire, notamment dans les hypothèses sans DSK. Dès mai 2011, il le remplace, presque mécaniquement, dans le rôle de favori.
Et puis, il y a eu un mandat après l’élection. Je ne vais pas ici me lancer dans un débat sur le bilan politique du quinquennat Hollande, fait et refait, et surtout extrêmement subjectif. Je veux me concentrer sur un élément qui me paraît plus objectif : le bilan électoral.
Vous savez, quand on regarde une pyramide des âges, on peut voir à l’œil nu l’effet des deux guerres sur la démographie d’un pays. Sur les courbes de la gauche, le quinquennat Hollande c’est un peu ça : c’est une rupture profonde, un trou noir. 6,7 millions de voix égarées entre deux présidentielles, soit 17 points. Des régions, des départements et des sénateur·rices perdu·es par dizaines, des villes et des député·es par centaines. Des bastions, des bastions inexpugnables lâchés. Des quartiers, des populations favorables abandonné·es par des partis de gauche - et pas que le PS - rendus exsangues.
Un cas français exceptionnel
C’est vrai, les partis progressistes - pour prendre une acception assez large - à travers le monde n’ont actuellement pas le vent dans les voiles, c’est peu de le dire. Mais il y a une exception française.
Aux élections européennes de 2009, la gauche c’était 35 % en Italie, 41 % en Allemagne, 49 % en Espagne, 40 % aux Pays-Bas, 48 % au Portugal et 33 % au Royaume-Uni aux législatives de 2010. Aux européennes de 2024, la gauche c’est 37 % en Italie, 37 % en Allemagne, 43 % en Espagne, 37 % aux Pays-Bas, 42 % au Portugal et les partis de gauche tournent autour de 35 % dans la moyenne des sondages au Royaume-Uni.
Souvent des baisses, de six points maximum. En France c’est plus du double ! 13 points de perdus. L’effondrement de la gauche française est pire que celui de la gauche grecque ! La gauche grecque ! Passée de 53 % en 2009 à 45 % en 2024 !
Il a quand même bien dû se passer quelque chose de politiquement extrêmement fort entre 2012 et 2017 dans ce pays pour qu’elle en arrive là, non ? À écouter François Hollande, ce n’est pas aussi évident que ça. Sous la plume d’Antoine Oberdorf dans L’Opinion, l’ancien président cite plus facilement les frondeurs, Emmanuel Macron et le PS pour expliquer son échec. Mon confrère essaye quand même de lui tirer les vers du nez sur la déchéance de nationalité (« les Français approuvaient la mesure ») ou sur la loi El Khomri (il concède simplement le 49.3 et le fait de ne pas avoir assez collé à la CFDT). Voilà pour l’inventaire.
Tout cela dit, il est vrai que François Hollande a le dos très large. Si l’effondrement de la gauche n’a rien de général en Europe occidentale, l’électorat progressiste mute partout. Cette coalition qui va des classes populaires à une partie des classes bourgeoises éduquées des centres-villes pour le dire vite, elle est difficile à réunir partout, en France visiblement encore plus. Là-dedans, François Hollande a sa part, mais il n’est pas le seul.
Dix ans après, une reconstruction toujours au point mort
Nous ne sommes pas à l’élection qui suit son départ de l’Élysée, nous sommes à la suivante. Cela fait neuf ans que l’ancien président a terminé son mandat. Ses successeur·es à la tête de la gauche ont eu du temps pour essayer de reconstruire quelque chose.
Celles et ceux qui ont construit leur autorité sur l’épouvantail du quinquennat Hollande n’ont pas fait progresser la gauche d’un iota. Elleux aussi ont un peu de mal avec l’autocritique. J’ai regardé il y a quelques jours un doc sur la campagne de Benoît Hamon en 2017 - parfaitement dispensable, épargnez-vous une heure. Lui aussi concède d’emblée un « nous aurions pu mieux faire », mais en levant presque les yeux au ciel. À la fin du doc, on a quand même passé beaucoup plus de temps à parler de pourquoi c’était surtout la faute des autres.
C’est vrai que le passif était immensément lourd à porter. Mais on a l’impression neuf ans plus tard d’être toujours au même point. C’est là que le bas blesse. Si l’hypothèse de la candidature Hollande existe, si faibles soient ses chances, c’est que malgré un bilan électoralement calamiteux… celles et ceux qui lui ont succédé n’ont même pas réussi à faire mieux. Il est là le malentendu sur lequel ça peut passer. Et ce malentendu, il est totalement de leur responsabilité.
Vous pensez que François Hollande est notre prochain président de la République ? Vous poussez plutôt l’hypothèse Alain Juppé ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Choses vues
Qu’ils s’en aillent tous // Je n’accorde généralement pas grande importance aux sondages de popularité (ou dérivés du genre) mais j’avoue avoir trouvé très drôle l’arrivée fracassante de Bally Bagayoko, le nouveau maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dans le classement de l’institut Odoxa. Avec 40 % dans l’électorat de gauche, il entre directement dans le top 7, à seulement cinq points des premiers et en l’occurrence de la première dans ce sondage : Marine Tondelier. Bien sûr, il a bénéficié d’une grande couverture médiatique, et il est assez logique que face aux attaques racistes dont il a été la victime l’électorat de gauche « vienne au soutien », en quelque sorte. Mais cette soudaineté m’interroge quand même. Elle me fait penser à l’adoption très rapide par une partie de l’électorat de gauche de Lucie Castets, sortie de nulle part, à l’été 2024. Je trouve que ça dit quand même quelque chose de la volonté de l’électorat de gauche de voir des nouvelles têtes, voire carrément une soif de renouvellement de ses cadres…tous en échec depuis un moment.
Tonton laisse pas béton // Mais il a quoi le Mélenchon 2027 avec Mitterrand ? Enfin, oui, je sais bien que Jean-Luc Mélenchon a toujours eu un truc avec François Mitterrand, même après son départ du Parti socialiste. Mais depuis sa déclaration de candidature, le 3 mai, il n’a que lui à la bouche. Dès le lendemain, il compare sa situation à celle de Mitterrand avant 1981, puis, le 5, il publie une « lettre au peuple de France » qui ne fait pas seulement penser à « lettre à tous les Français » de 1988… mais est carrément citée par l’équipe de campagne du candidat. J’ajoute que son « oui » sur un air d’évidence dimanche soir m’a un peu fait penser à celui de Mitterrand, toujours en 1988, au moins dans l’intention. Très impatiente de voir la suite pour savoir à quelle campagne mitterrandienne nous aurons droit : « La France unie » ? « La Force tranquille » ? Ou… « Un président jeune pour une France moderne » ?
La Carte électorale perdue : devinez la ville à ses urnes
Saurez-vous reconnaître quelle ville se cache derrière les résultats des onze élections présidentielles de la Ve République ? Le principe est simple, la réponse beaucoup moins.
Une règle : on ne cherche que des préfectures ou sous-préfectures. Ce qui nous permet déjà de limiter les réponses possibles, de bien quadriller le territoire et d’avoir des très grandes villes et des toutes petites.
Cette semaine, pas d’indice, quelle est celle commune ?
Une idée de la réponse ? Envoyez-la-moi à blocsetpartis+jeu@gmail.com. Solution bien sûr dans la prochaine newsletter.
La solution du 23 avril // L’indice était un faux ami, mais certain·es ont bien remarqué l’italique qui invitait à la méfiance. Il ne s’agissait pas d’une ville du Midi ou du sud-ouest mais d’une ville bourgeoise du Nord pas très à gauche qui bascule, mais très progressivement, vers l’extrême droite…nous étions donc à Cambrai.
Le premier à avoir trouvé la bonne réponse est Maverick Martins. Ont aussi trouvé la bonne réponse : Valerio Motta, Antoine Mire, Arthur Nicolas, Paul Stuckle, Nicolas Bousquet, Arthur Peregrin, Philippe Delepierre, Alain Ranier, Quentin Weber-Saban et Anne-Claire Souloumiac.
Les données utilisées proviennent du ministère de l’Intérieur et de J. Cagé et T. Piketty (2023) : Une histoire du conflit politique. Élections et inégalités sociales en France, 1789-2022. Le Seuil.
C’est tout pour moi cette semaine. Je vous donne rendez-vous jeudi 21 mai 2026 pour le seizième épisode de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.








Analyse très éclairante, merci. Mon rêve, que tou•te•s les prétendant•e•ses réunissent en conclave pour désigner après débat le ou la meilleure… et quittent toute idée de traîtrise. Utopie, je sais. Donc nous allons vers la catastrophe annoncée, les Allemands se posent la question d’où aller, mon fils et sa compagne quitteront Annemasse pour la Creuse en cas de guerre. Imaginions-nous de telles situations il y a un demi siècle ? Non. Nous défilions en criant CRS SS ou en dénoncant Poniatowski.