[1.19] Les meetings nous donnent des indices sur l’état d’une campagne
Il n'y a rien de plus artificiel qu'un meeting, mais c'est pour cela qu'on peut en déduire l'état politique, stratégique, organisationnel et « mobilisationnel » d'une campagne en cours.

Salut !
C’est le dix-neuvième épisode - et dernier de la saison - de Blocs & Partis ! Cette semaine, on parle de ces rendez-vous campagne que sont les meetings. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est une grande aide pour la visibilité de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un vrai podcast, pas une IA. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un terrible jeu : « La Carte électorale perdue ». La publication est pour le moment gratuite, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
Saison 2
Vous lisez actuellement le dernier numéro de la saison 1 de Blocs & Partis. En vue d’une éventuelle saison 2 à partir de la rentrée prochaine, je cherche à en savoir plus sur ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas dans la lettre, pourquoi vous êtes là, et ce que vous aimeriez voir dans cette possible saison 2. Pour cela, j’ai mis sur pied un petit sondage anonyme qui m’aiderait vraiment à calibrer les choses.
Merci d’avance !
La chronique
Moi, j’adore les meetings. Dans le feu de l’action, on a pas tant de thermomètres que ça pour jauger une campagne en train de se dérouler et il me semble que ces évènements en sont. Les sondages ? Oui bien sûr, et vous savez qu’ici on aime les sondages mais on connaît leurs défauts. Les passages télé, et leurs audiences, c’est intéressant mais ça a quelque chose d’un peu hors sol. Les meetings donnent eux l’impression d’avoir quelque chose d’un peu plus organique…
Une fausse impression : il n’y a rien de plus artificiel. Un vrai bon meeting est préparé des semaines durant, les personnes qui sont là n’y sont pas par hasard - elles y ont même souvent été spécialement amenées par les organisateur·rices. Elles sont venues écouter devant un décor choisi ou construit de toute pièce un discours, outil par excellence de la fiction politique.
Je crois que c’est précisément parce que c’est un moment où le ou la candidat·e est censée tout contrôler, contrairement aux interviews télé ou radio, que cette image-là est complémentaire et que je la trouve parlante à au moins quatre niveaux. Les meetings nous donnent des indices sur quelque chose de l’état politique, stratégique, organisationnel et « mobilisationnel » d’une campagne.
Quatre indices
L’état politique, c’est ce que le ou la candidat·e veut nous raconter de son projet, de sa vision : ce sur quoi il insiste, ce qui a disparu par rapport à la dernière fois, ce qui est apparu. C’est ce qui est censé donner le ton.
L’état stratégique est lié, mais je pense plutôt à ce que le ou la leader dit de ses concurrent·es. Qui est visé ? À ce sujet, je pense à la campagne Glucksmann en 2024. Je me souviens d’un meeting à Nantes, en avril, franchement réussi, avec du monde, un discours social-démocrate mais « très porté vers l’avant », pour reprendre une formulation footballistique : c’est-à-dire qu’il regardait devant, ses piques étaient réservées aux macronistes et surtout au RN.
Un mois et demi plus tard, au Zénith de Paris, le fond du discours socdem est le même, mais Glucksmann frôle l’excès de confiance sur la forme et ne regarde plus que vers l’arrière, donc en défense, contre les insoumis. Un symbole de son dernier mois de campagne où la liste PS-PP a fait du sur-place dans les sondages en préférant jouer le match à gauche - qu’il dominait - que le match tout court.
Je ne vous fais pas un dessin sur l’état « mobilisationnel » : on voit bien à quel point la foule massée devant la mairie et la basilique de Saint-Denis le 7 juin pour Jean-Luc Mélenchon a impressionné.
Une vitrine de votre organisation
L’état organisationnel est évidemment lié à l’affluence. Bien sûr les salles ou les places il faut les remplir et ça ne se fait pas tout seul. Il faut avoir choisi la bonne salle avec la bonne jauge. Mais aussi que tout roule sur place. Un meeting est, en partie, la vitrine de votre organisation de campagne.
Prenons l’exemple des dernières municipales parisiennes. On en avait parlé ici. Le dernier événement avant le premier tour d’Emmanuel Grégoire donnait l’impression d’une vraie maîtrise en faisant en sorte, entre autres, que la salle soit plus que pleine. On sentait une machine en train de faire sortir son vote. Pas manqué : 38 % le dimanche suivant, bien au-delà de ses meilleurs sondages.
À l’inverse, dans cette même salle du cirque d’hiver, quelques semaines plus tôt, le meeting raté et pas plein de l’insoumise Sophia Chikirou soulignait que l’orga de la campagne parisienne de LFI n’était pas celle habituelle du mouvement. Et la preuve d’un manque de lucidité à ce sujet puisque la salle avait été changée au dernier moment pour une plus grande. Pas manqué : son résultat a été décevant comparé aux objectifs insoumis mais aussi aux attentes.
Car aux meetings s’applique toute la relativité de la perception en politique et de la gestion des attentes. On peut en réussir un à 26 000 personnes (revendiquées) et aussi en réussir un à 4 000 personnes (revendiquées). Cela dépend évidemment de votre position dans la campagne, relativement aux autres candidat·es, et de là où vous êtes attendus.
Gestion des attentes
Moi je crois que la campagne présidentielle de Raphaël Glucksmann pouvait très pratiquement « s’arrêter » le 13 juin si, après des semaines, voire mois, remplis de doutes, son meeting était raté. Mais ils ont été malins. Dans les jours précédents, ils ont fait exactement ce qu’il fallait faire : réduire les attentes, limite à craindre le four. Ils ont d’ailleurs été bien aidés par les trolls insoumis sur les réseaux, à insister sur les rumeurs de difficultés pour remplir la salle. Ils ont mis la barre des attentes au sol.
Résultat : peu importe s’il y avait plutôt 3 000 ou 4 000 personnes, l’important c’est que c’était mieux que prévu. Ça ne peut pas marcher à tous les coups. La prochaine fois, la barre sera plus haute mais c’est pas très grave : il a survécu, il s’est donné de l’air.
Je soupçonne d’ailleurs la campagne Philippe de suivre la même stratégie avant son événement de dimanche. Quelques rumeurs circulent sur une difficulté à remplir la salle et une réduction de la voilure. C’est-à-dire que les sondages et la jauge de la salle choisie par Édouard Philippe (8 000 max) placent la barre haut. Si dimanche il n’y a que 4 000 ou 5 000 personnes, ça sera sans doute un petit raté organisationnel. Il n’est pas du tout dans la situation de Glucksmann début juin, il aurait à mon avis encore tout le temps de rectifier le tir plus tard. Mais, ça peut être une mauvaise image qu’il traîne au moins tout l’été.
Bon, bien d’autres éléments font un président de la République, et de beaucoup plus importants. Les meetings, même les bons, même les remplis, ne font pas gagner : Mélenchon réunissait déjà des dizaines de milliers de personnes en 2012 et ça a fini à 11 % (un bon résultat à l’époque !). Mais, avant de partir en vacances, vous pourrez au moins tester ces quelques clés sur le rendez-vous de dimanche.
Votre passion est de compter les sièges vides d’un meeting ? Vous ne voyez double mais que pour les rendez-vous de votre candidat·e ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Oui, j’avais annoncé une foire aux questions…mais j’en ai reçu trop peu. Je garde néanmoins l’idée en tête et certaines questions déjà posées pour plus tard !
La Carte électorale perdue…et un nouveau jeu !
La solution du 21 mai // Il fallait repérer le sur-vote communiste et le sur-vote chiraquien…mais pas assez fort pour être directement dans le Limousin. Pas de sur-vote VGE, il ne fallait pas chercher côté Auvergne. Le vote Chaban nous indique en fait l’Aquitaine. Tout ça combiné dessine la Dordogne. Pas assez communiste pour Sarlat, trop RN pour les « grandes » villes que sont Bergerac et Périgueux…nous étions donc à Nontron !
Pendant cette saison 1 vous avez été soumis·es à 18 énigmes. Au total, 62 personnes ont marqué au moins un point. Mais, mais, mais…seules deux personnes ont trouvé la bonne réponse à 18 reprises. Elles occupent tout naturellement les deux premières places du classement. Bravo à Valerio Motta (28 points) et Antoine Mire (18 points), fidèles lecteurs de Blocs & Partis. Les dix points de rapidité de Valerio font évidemment la différence et forcent le respect mais nous avons là deux très bon connaisseurs de la carte électorale du pays ! Je veux aussi saluer les malheureusement trop rares femmes du classement : Emilie Alonso, Anne-Claire Souloumiac, Liza Rouzier, Marion Poutrel et Julia Lagrée.
Dans la suite du classement en cas d’égalité les points de rapidité sont retirés du compte, puis ensuite c’est l’ancienneté dans le jeu qui compte.
3e Arthur Nicolas (18 points, dont 2 bonus) ; 4e Paul Stuckle (17 points) ; 5e Nicolas Bousquet (17 points, dont 4 bonus) ; 6e Maverick Martins (17 points, dont 6 bonus) ; 7e Arthur Peregrin (15 points) ; 8e Simon Billouet (15 points, dont 2 bonus) ; 9e Romain Miele-Hubert (14 points, dont 4 bonus) ; 10e Philippe Delepierre (12 points) ; 11e Nicolas Fert (11 points) ; 12e athe_red (11 points) ; 13e Paul Berthelot (9 points) ; 14e Alain Ranier (9 points) ; 15e Emilie Alonso (9 points dont 2 bonus) ; 16e Arthur Olivier (7 points, dont 2 bonus) ; 17e Louÿ Lenoir (7 points, dont 2 bonus) ; 18e Noé Allouche (6 points) ; 19e Antoine Uguen (6 points) ; 20e Tristan Haute (5 points) ; 21e Julien Robin (4 points) ; 22e Bastien Briand (4 points) ; 23e Quentin Weber-Saban (4 points) ; 24e Sulio Barret-Marhic (4 points) ; 25e Mathieu Mancini (4 points) ; 26e Anne-Claire Souloumiac (4 points) ; 26e Vincent Mazoyer (3 points) ; 27e Bruno Carrère (3 points) ; 28e Nicolas Postic (3 points) ; 29e Sylvain Moulierac (3 points) ; 30e Guillaume Berrat (3 points, dont 2 bonus - la toute première réponse !) ; 31e Eric Dupin (2 points) ; 32e Jean-Marie Evrard (2 points) ; 33e Guillaume Mereb (2 points) ; 34e CinqCentSoixanteDixSept (2 points) ; 35e Jean-Philippe Derosier (2 points) ; 35e QMA (2 points) ; 37e Karl Joulain (2 points) ; 38e Lisa Rouzier (2 points) ; 39e Lucien Perrin (2 points) ; 40e Nathan Albert (2 points) ; 41e Walker Miller (2 points) ; 42e Enzo Cabantous (2 points)
Ont marqué 1 point : Marion Poutrel ; Beranger Ambroise ; Jean-Jacques Urvoas ; Julia Lagrée ; Ariel Guez ; Gabin Bru ; Pierre Terry ; Louis Lepouifle ; Benoît de Courson ; Philippe Brun ; Daniel Égret; Marion Dupas ; Sacha Metzker ; Benjamin Tubiana ; Antoine Planchot ; François Larue ; Thomas ; François Larue et Jean Roman-Samaké.
Merci à toutes et tous d’avoir participé !
Et maintenant ? En cas de saison 2, La Carte électorale perdue ne va pas pas disparaitre mais va grandement évoluer pour permettre d’y inclure plus de monde. Les meilleur·es pourront toujours se jauger et les novices s’initier à cette science fondamentale qu’on devrait apprendre dès la maternelle : la géographie électorale.
Aussi, ce ne sera probablement pas le seul jeu. Et, comme teaser, je vous propose de tester… La Carte électorale cassée. Une sorte de puzzle-casse tête au principe simple : vous devez dessiner le plus de circonscriptions favorables à votre parti dans un territoire donné.
Je vous propose de vous tester sur un prototype.
L’enregistrement du score est un peu rudimentaire (c’est un simple Google Form)…on va voir si ça fonctionne. N’hésitez pas à m’envoyer vos retours à blocsetpartis+jeu@gmail.com.
Je veux juste prendre un tout petit temps dans cette dernière lettre de la saison pour vous remercier de votre fidélité. A chaque numéro il y a eu plus d’abonné·es et plus de lecteur·rices que la fois d’avant, tout au long de l’année. Vos retours, nombreux, sont aussi très précieux et très motivants. Continuez de partager autour de vous Blocs & Partis et à vous abonner à la version payante si vous le pouvez.
Au passage, j’en profite pour remercier à nouveau Pauline Nuñez pour l’identité visuelle, Xavier Demagny pour les jingles et Rozenn Le Carboulec, la voix du jingle.
Dans le sondage que j’ai organisé pour sa suite - et auquel vous pouvez encore répondre si ce n’est déjà fait - je me permets de tirer un commentaire qui m’a bien fait rire : « J’aime le ton et l’érudition. J’aime votre monomanie et paradoxalement votre liberté. Merci. » Écoutez, si je ne suis plus seule dans mes monomanies politiques, franchement le bilan de cette première saison est extrêmement positif !
À très bientôt.
C’est tout pour moi cette année. Je vous donne probablement rendez-vous jeudi 3 septembre 2026 pour le premier épisode de la saison 2 de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.








Le contenu est intéressant, mais la lecture en est gâchée par l'écriture inclusive, tellement disruptive. Dommage...