
Salut !
C’est le troisième épisode de la deuxième saison de Blocs & Partis ! Cette semaine, on revient sur les multiples utilisations des mots « clarté » ou « clarification » dans le débat politique français. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est vous qui faite la visibilité et le succès de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un vrai podcast, pas une IA. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un nouveau jeu : « La Carte électorale cassée ». Chaque lettre est gratuite pendant un mois après sa sortie, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
La chronique
Je n’en peux plus d’entendre à tort et à travers les appels à la « clarté », à la « clarification », sur tout et n’importe quoi.
Le patron de ce game-là, c’est Raphaël Glucksmann. C’est presque devenu son image de marque depuis son fameux « cap clair » le 10 juin 2024. Dans le premier débat de la primaire du pôle socialiste sur LCI, il ne l’a pas tant utilisé, mais pour réagir à la candidature d’Olivier Faure, sur le plateau de « Franc-Jeu » le 30 août, Raphaël Glucksmann a utilisé pas moins de six fois les mots « clair » ou « clarification » en… 82 secondes. Plus clair que ça, c’est transparent.
Il n’est pas le seul à utiliser ad libitum ces mots. C’est d’ailleurs assez drôle : quand, il y a quelques mois, un soutien de la primaire de Bagneux avait souhaité qu’elle soit celle de « la clarification », des socialistes étaient venus me voir en me disant peu ou prou que c’était bien la preuve que le PS n’était pas le bienvenu. Étonnamment, quand le terme est utilisé dans le sens où c’est le PS qui exclut le reste de la gauche, ça les chagrine moins.
Un mot utilisé trop souvent pour rester honnête
Entendons-nous bien : il n’est pas interdit d’avoir une direction pour un parti. Pour être efficace, ça doit même être facilement identifiable. Et, en la matière, être « clair » est quand même une qualité. C’est d’autant plus vrai après dix ans de macronisme qui ont profondément brouillé les lignes. Camper sur ses positions a aussi un effet de signal pour l’électorat, la France insoumise l’a bien compris.
Mais, ces dernières années, ce mot est utilisé trop souvent pour rester honnête. Dans la bouche de Glucksmann et de bien d’autres, dans tous les partis, « clarté » est devenu le joli mot pour « pureté ». Une manière d’écarter des gens, de dresser des barrières contre celles et ceux qui ne pensent pas exactement pareil. C’est un videur de boîte de nuit. En l’occurrence, un videur de parti politique.
Tout le monde déplore la polarisation de la vie politique, mais tout le monde défend sa chapelle individuelle, ses micro-différences avec les voisins, tout en prétendant devenir président·e de la République. Naïvement, j’avais l’impression qu’un parti politique qui entend gagner les élections devait plutôt chercher à rallier du monde. Le plus possible, même. C’est encore plus vrai dans un système majoritaire où l’élection clé est une présidentielle. Sauf qu’à partir d’un certain point, ça demande quelques contorsions ou compromis avec soi-même, et ce n’est pas tellement bien vu.
Et si la « synthèse hollandienne » avait raison ?
Quand j’étais plus jeune, et déjà geek de politique, je regardais (déjà) avec consternation les congrès socialistes des années 2000. Comme beaucoup d’observateur·rices de l’époque, je trouvais qu’il n’y avait rien de pire que la « synthèse hollandienne », ce grand gloubi-boulga informe. En particulier la synthèse quasi générale du congrès du Mans en 2005… quelques mois seulement après que des membres du PS aient littéralement fait campagne les uns contre les autres lors du référendum sur la Constitution européenne.
Je me disais : « Voilà encore un PS qui ne choisit pas de ligne et qui n’arrivera donc pas à parler “clair”. » Mais ce PS, tout convalescent et « incohérent » qu’il était, de Jean-Luc Mélenchon à Dominique Strauss-Kahn, pouvait obtenir, tout seul, 25 à 30 % des voix au niveau national. Parce qu’il parlait à beaucoup de gens différents.
Dans la seconde moitié des années 2000, jusqu’en 2012, le PS, plus encore que l’UMP, son alter ego, était un parti carrefour, au vote relativement bien distribué dans les différentes catégories socioprofessionnelles, rassemblant donc des couches de la population aux intérêts parfois divergents… mais c’est normal !
Tenir les deux bouts de l’omelette
Parce qu’un grand parti, c’est un parti forcément un peu incohérent ! Le RN l’apprend ces derniers temps. On n’atteint pas 30 ou 35 % d’intentions de vote sans accueillir des gens qui ne pensent pas exactement comme le noyau dur, et donc sans tensions. La manière dont un·e chef·fe de parti ou un·e candidat·e arrivera à habilement gérer ces désagréments, sans en perdre les bénéfices, déterminera en bonne partie son avenir électoral.
Celui qui l’a le mieux fait est peut-être Nicolas Sarkozy, à la tête d’un parti énorme qui allait de Pierre Méhaignerie, un centriste social qui avait ponctuellement soutenu les gouvernements socialistes entre 1988 et 1993, à Thierry Mariani, aujourd’hui député européen d’extrême droite.
Pour le PS, la rupture, c’est évidemment le mandat Hollande. C’est là que le roi de la synthèse et de l’ambiguïté a fini par… « clarifier ». En nommant à Matignon Manuel Valls et ses 5,6 % à la primaire de 2011, il a cessé de tenir les deux bouts de la gauche.
Plein de choses n’ont pas fonctionné entre 2012 et 2017, et on me parlera bien sûr de la « trahison » socialiste. Mais le PS avait bien des fois déjà déçu, au prix de défaites électorales déjà lourdes, qui ne l’ont cependant jamais atteint à ce point. Peut-être parce qu’il avait continué, malgré tout, à parler et à la gauche radicale et à la gauche modérée. Parce qu’il avait en son sein des gens qui parlaient à tous ces électorats-là.
Défaut d’analyse
Vu l’état du PS depuis dix ans, j’en viens à penser que c’est aussi de cette ambiguïté qu’il a longtemps tiré sa force. Les électeur·rices de gauche n’aimaient pas le PS d’amour. Ils et elles votaient pour lui parce qu’il avait la taille critique pour être le véhicule qui pouvait les mener au pouvoir. Du jour où il n’a plus été ce véhicule, il n’a plus intéressé grand monde.
Une analyse qui semble manquer à certains, à en juger par la tonalité de la fin du débat de LCI, consacrée aux alliances. Sinon, le grand favori de la primaire ne répèterait pas « clarification » toutes les deux phrases. Ce qui, au fond, revient à dire : « Surtout, si vous n’êtes pas totalement d’accord avec nous, ne venez pas ! »
Pour gagner une présidentielle, entre « rassembler » et « clarifier », il faut probablement choisir.
Vous êtes fan des cap clairs ? Au contraire, vous préférez la synthèse hollandienne ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Choses vues
Elections au Luxembourg // 15 sénateur·rices RN ! Y’a pas à dire, c’est la fourchette haute des prévisions qu’on pouvait faire pour l’extrême droite qui s’est vérifiée à l’issue des sénatoriales de dimanche. Un résultat acquis grâce à des scores très solides dans ses bastions (40 % des voix des grands électeurs dans les Alpes-Maritimes, 30 % dans le Var, 25 % dans le Gard…) et ce sans décrocher un seul sénateur au scrutin majoritaire. Pas même dans l’Aude, où un des deux sièges du PS paraissait pourtant bien menacé. Il y a donc des coins où le socialisme rural a encore de beaux restes. Plus largement, même sans élu·es à la clé, le RN fait nettement mieux dans les départements où il a fait élire des députés en 2022 puis 2024. Ailleurs, ça reste plus difficile. Logique, me direz-vous, mais on retrouve pas cette cohérence dans les résultats de LFI. Derrière l’élection méritoire de deux insoumis (une première) dans le Rhône et en Haute-Garonne, le mouvement mélenchoniste fait quelques pointes (parfois 7-9 %), étonnamment dans les zones rurales. Dans les départements à représentation proportionnelle, les plus peuplés, les listes LFI sont presque tout le temps sous les 5 %. Contrairement au RN, on ne peut pas vraiment déceler d’effet « département avec un·e député·e LFI ».
Télétravail abusif // Théo Delemazure a passé de belles vacances en analysant l’explosion du recours aux délégations de vote des députés. Un·e député·e peut en effet donner son vote à un·e collègue en son absence sous certaines conditions, le plus souvent un congé maladie, maternité ou une mission du gouvernement. Alors que le taux de délégations était de 4 à 5 % avant 2022, il est aujourd’hui de 19 %. Sauf à penser que les député·es sont plus malades qu’avant - auquel cas il s’agit d’un problème sanitaire important qui mérite toute notre attention - y’a comme un souci. Surtout que ces député·es qui - c’est une chance - documentent tous leurs faits et gestes sur les réseaux sociaux ont l’air parfois bof malades les jours concernés. Théo démontre non seulement que ces délégations sont inégalement réparties suivant les groupes - là aussi, si un virus sévit spécifiquement sur les bancs de l’UDR, faut nous le dire - mais qu’en plus cela change l’issue de certains votes… presque toujours en faveur de la droite et de l’extrême droite. J’ai toujours trouvé un peu « con-con », voire parfois carrément populistes les classements de présence des député·es. Le travail à l’Assemblée n’est qu’une partie de leur travail. Et là-dedans, celui en séance dans l’hémicycle - le plus visible - n’est encore qu’une partie. Je pense qu’on peut même dire, généralement, une petite partie, même si, il est vrai, sans majorité, la présence en séance doit être plus importante, jusqu’à l’absurde. On exige injustement des député·es un don d’ubiquité : être toujours plus présent·es en circo et en même temps à Paris. Mais la mauvaise application de cette règle - qui parait quand même évidente, même si Théo Delemazure reste extrêmement prudent - donne de fait ce don à certain·es et pas à d’autres sans que la justification paraisse toujours bien vérifiée. Moi je suis pour faciliter le travail des parlementaires, leur donner bien plus de moyens pour leurs propres équipes, pour le contrôle, pour l’évaluation… Mais il me semble qu’il y a quand même des décisions, comme celle de sa présence ou pas à Paris, qui devraient, autant que faire se peut, rester un arbitrage politique de l’élu·e, avec ses conséquences. Alors, quand on me dit que ces règles pourraient être encore assouplies d’ici quelques mois, comme le révèle Pierre Januel dans Le Monde…
La Carte électorale cassée : découpez les sièges à votre avantage
Dans La Carte électorale cassée c’est vous qui devez redécouper les circonscriptions électorales d’un pays imaginaire de manière à ce que votre parti (le parti rouge ou le parti bleu, suivant les semaines) gagne à coup sûr les élections. Chaque circonscription en plus pour votre parti vous fait gagner plus de points que la précédente. S’ajoutent un bonus de temps et un bonus de compacité des circonscriptions.
Cette semaine, une très grande carte mais mais avec moins de fioritures. Pour vous donner une idée, moi j’ai réussi à découper dix circonscriptions rouges et trois bleues pour 435 points (dont 20 de vitesse).
Petite précision concernant les règles : seule la première soumission valide d’un même pseudo est prise en compte pour une même carte. Et si vous voulez progresser dans le classement de la saison qui commence, il vous faut absolument garder le même pseudo à chaque épisode. N’oubliez pas non plus de valider votre score (ça se passe via un petit Google Form qui est pré-rempli, vous n’avez qu’à valider, on est dans l’artisanat). Et, parce que ça en stresse certain·es vous pouvez choisir de masquer le chrono (en cliquant dessus) mais vous renoncez alors au bonus de temps.
Pour toute réclamation, n’hésitez pas à me contacter sur les réseaux ou par mail.
Le classement du 17 septembre
90 personnes ont jouées cette semaine. Trois joueur·euse ont obtenu 295 points : Claradote ; Augustin et Solstis. On ne pouvait pas réduire le camp rouge à moins de trois circonscriptions cette semaine. Pour vous jauger, sachez qu’obtenir 285 point vous ouvrait les portes du top 10, que le score médian est 255 et enfin que le moins bon score est 155, désolé Nathan Ball.
Voici le top 10 du classement général après deux manches : Strasbourgeois84, 590 points ; Rémy D., 580 points ; walkert, 570 points ; Kventino, 560 points ; Augustin, 550 points ; elliot, 550 points ; tiennusmarcus, 550 points ; Marion P, 545 points ; Bikouze, 540 points ; Potdecol, 540 points ; Alonzi_Alonso_, 535 points.
C’est tout pour moi cette semaine. Je vous donne rendez-vous jeudi 15 octobre 2026 pour le troisième épisode de la deuxième saison de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.






Point de vue original et franchement intéressant ! Merci 🙏🏼
En bons marxistes, on est souvent persuadé qu’un parti ne peut que s’écrouler sous ses contradictions. En réalité, on vit très bien avec. Cela renvoie directement à l’idée de "tente" ou de coalition électorale aux États-Unis, qu’il s’agisse d’Obama réunissant les ouvriers de l’Ohio jusqu’aux libéraux de Californie, ou de Trump assemblant techno-bros et évangéliques. Après j'imagine que c'est un dosage subtil : 1983 c'est un peu le symbole de l'heure du choix entre Delors ou le programme (Chirac avait fait encore plus rapide en 95 entre Madelin et Seguin !).