[1.09] Municipales à Paris : sous les sondages, les lignes bougent
Dati cale et tente de se rabibocher avec Bournazel, Grégoire drague l’électorat radical, et Knafo joue les apprenties sorcières. Bienvenue dans la campagne où tout bouge… sauf l’aiguille.

Salut !
C’est le neuvième épisode de Blocs & Partis ! Cette semaine, on se lance enfin à corps perdu dans la campagne municipale en partant de Paris, scrutin majeur et toujours extrêmement incertain. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est une grande aide pour la visibilité de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un VRAI PODCAST, c’est moi qui parle, pas une IA, y’a de jolis jingles, on se donne du mal. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un terrible jeu : « La Carte électorale perdue ». La publication est pour le moment gratuite, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
La chronique
Est-ce qu’une aiguille des sondages qui ne bouge pas ou peu indique une campagne où il ne se passe rien ? À Paris, je ne crois pas. Les dynamiques qu’on avait pu observer ici en novembre ne sont, me semble-t-il, déjà plus les mêmes. À l’époque, Rachida Dati était rentrée à pieds joints dans la campagne tandis que la majorité sortante était encalminée dans des négos qui n’en finissait plus. Et Sophia Chikirou pour LFI paraissait arriver en ville avec les moyens d’en découdre.
À droite d’abord, la liste Dati (LR) semble avoir du mal à embrayer, à en croire Hélène Bekmezian du Monde. Je vous renvoie vers elle - dont les articles sur la campagne sont top - car c’est vrai que je suis un peu moins cette campagne-là. Voilà même Rachida Dati - la surprise est immense - envisager la fusion avec la liste de Pierre-Yves Bournazel (Horizons/Renaissance). Je me demande quand même si elle s’attendait à une aussi grosse résistance de son concurrent qui oscille entre 14 et 16 % ?
Malgré quelques troubles, politiquement il a un positionnement malin : en faisant sien l’héritage de Bertrand Delanoë - pour mieux critiquer celui d’Anne Hidalgo - il incarne une droite un peu plus moderne, un peu plus urbaine que celle de Dati. Aussi, la modification du mode de scrutin rend peut-être plus faciles les aventures de « moyenne envergure ». En tout cas, c’est un effet que j’avais tout à fait sous-estimé.
Le bac à sable de Knafo
Dans cette catégorie, on trouve aussi Sarah Knafo (Reconquête), qui n’existera probablement que dans quatre ou cinq arrondissements, mais se retrouve proche des 10 % et donc d’un potentiel second tour sur toute la ville. Comme tout le monde, je suis très marquée par une campagne à fond sur les fondamentaux de l’extrême droite, mais à la com acidulée très éloignée de ce que l’extrême droite a toujours produit dans ce pays. Cette campagne, c’est un bac à sable pour Sarah Knafo. Elle n’a pas de pression du résultat alors elle teste des trucs, y compris niveau drague de la droite traditionnelle.
À gauche maintenant. Je suis toujours très sceptique devant les scores dans les sondages mollassons de la liste d’union PS-Verts-PCF et tutti quanti autour d’Emmanuel Grégoire : 30 à 33 % quand le total PS-PCF+EELV en 2020 était au-dessus de 40 %, y’a pas de quoi plastronner. Mais ce n’est pas pour ça qu’il n’y a pas déjà un « effet union ». Car entre novembre et aujourd’hui, une liste a plus bougé que les autres : celle de Sophia Chikirou. Il y a deux mois, avant l’officialisation de l’alliance de la majorité sortante, LFI était entre 13 et 15 %. Aujourd’hui, elle est entre 10 et 12 %.
Franchement, je ne crois toujours pas à un score à un chiffre pour LFI dans la capitale, comme c’est l’objectif de la liste de « gauche unie ». Les 30 % de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et plus encore les 17 % de Manon Aubry aux européennes, dans un contexte où un autre parti de gauche a aussi très bien performé, témoignent d’un réel électorat insoumis à Paris.
Grégoire fait campagne à gauche
Mais on doit bien constater qu’Emmanuel Grégoire se donne les moyens de ses ambitions. On peut le retourner comme on veut, mais le discours que le candidat a livré à la Bellevilloise le 14 janvier signait un coup de barre à gauche. Un changement de pied d’autant plus notable que le PS parisien, au moins depuis les années Delanoë, se positionnait très au centre-gauche. Libéral même pour son opposition de gauche longtemps incarnée par l’ex-insoumise Danielle Simonnet. Son ralliement - sans être elle-même candidate - me paraît presque plus significatif que l’alliance avec les écolos, avec qui le PS est en coalition depuis vingt-cinq ans. « Il ne doit pas y avoir une raison de voter Chikirou plutôt que Grégoire », m’a dit l’autre jour un cadre socialiste de la campagne. Téméraire.
Est-ce que ça a piqué des voix chez LFI ? Pour l’instant, la plupart des études ne montre pas ça. Est-ce que ça décourage le vote LFI ? Ah, ça, c’est peut-être quelque chose…
Mi-novembre, Sophia Chikirou a annoncé sa candidature dans un QG rutilant, me faisant dire que les insoumis avaient décidé de mettre le paquet dans cette campagne parisienne. Quand elle était à 14 ou 15 % avec un PS seul autour de 20 ou 22 %, l’objectif d’un sorpaso était peut-être ambitieux, mais pas dément et en tout cas motivant. Désormais, avec l’union de la majorité sortante et plus encore, ça ne paraît plus réaliste. Est-ce que les militant·es ne sont pas allé·es voir en banlieue où les gains potentiels sont tout autres ?
Du moins, c’est comme ça que j’interprète le meeting assez bof de Sophia Chikirou au Cirque d’hiver le 30 janvier. La bataille de l’affluence aux meetings est toujours assez vaine, mais que le principal parti de gauche, incontestablement le plus pro, rompu à l’organisation de ce type d’événements, n’arrive pas à remplir une salle de 1.500 places dans la capitale… Je trouve ça un peu suspect.
Chikirou choisis l’option défensive
Idem sur la stratégie : j’avais été interpellée par le discours purement social, hyper concret de Chikirou à son lancement en novembre, qui ne me paraissait pas déconnant pour séduire un électorat progressiste parisien désireux d’avoir quelque chose d’un peu plus à gauche à se mettre sous la dent.
Sauf que ceux et celles-là, si on en croit le sondage de Cluster17 pour Politico, les « multiculturalistes », électorat urbain de gauche radicale très engagé, sont en train de se barrer chez Grégoire.
Est-ce pour ça qu’au Cirque d’hiver, la tonalité semblait déjà beaucoup plus resserrée sur les préoccupations des quartiers populaires. Un axe qui n’a rien d’illégitime et sur lequel LFI ne manque je crois pas de crédibilité. Mais vendredi soir déjà ça m’était apparu comme un plan B. Un plan un peu plus défensif autour des bastions insoumis, pour assurer les 10 % si jamais ça ne redécolle pas ailleurs. En fait, ça me fait un peu penser à la campagne des européennes de LFI, mono-sujet sur le génocide à Gaza et bougrement efficace pour arriver, là aussi, près des 10 %. Un vrai bon résultat.
Tout cela n’est qu’un état de la situation telle que je la perçois disons à mi-campagne. Et ne doit pas nous faire perdre de vue que le money time n’a pas commencé, et que l’issue reste tout à fait incertaine.
Vous n’avez pas vu tous les sièges vides au Cirque d’hiver ? Ou vous pensez que le prochain maire de Paris est Pierre-Yves Bournazel ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Rendez-vous : « Paris à tout prix »
Dimanche 15 février, à partir 18h30, je vous propose à l’approche des municipales de (re)regarder ensemble un des documentaires politique les plus mythique : « Paris à tout prix ». Yves Jeuland et Pascale Sauvage racontent, de juin 1999 à mars 2001, l’histoire de la campagne municipale parisienne qui a vu la capitale basculer à gauche pour la première fois. Pour réagir aux évènement d’il y a un quart de siècle, je serai accompagnée de Mathieu Gallard, directeur d’étude chez Ipsos-BVA, et de Nicolas Bighetti, conseiller en communication, membre de la direction de campagne d’Anne Hidalgo en 2020.
Rendez-vous donc dimanche 15 février, à partir de 18h30, sur ma chaîne Twitch.
Choses vues
Biais de bordélisation // Il ne s’agit pas de prétendre que tout fonctionne très bien à l’Assemblée nationale, ni même de nier que la polarisation progresse et que c’est un sujet. Mais le biais de confirmation général quand la moindre étude sortie de nulle part prétend prouver, chiffres à l’appui, que c’est « scientifiquement » le bordel à l’Assemblée, est très puissant. Ainsi ai-je vu avec consternation recirculer un rapport vieux d’un an du Centre pour la recherche économique et ses applications - des connaisseurs, donc - intitulé « La Fièvre parlementaire : ce monde où l’on catche ! ». Vendeur, mais bidon. Rien ne va dans la méthodologie ni dans les présupposés des auteurs, qui ont visiblement découvert le palais Bourbon à cette occasion. Théo Delemazure, l’a très bien démontré dans une note de blog. Dans la droite ligne de la conclusion du dernier épisode de Blocs & Partis, je trouve qu’on tombe toujours très facilement sur un pouvoir législatif évidemment pas sans responsabilités dans la situation politique, mais qui a peu de pouvoirs et peu de moyens. Une nouvelle fois : ça m’inquiète.
Ne tirez (toujours) pas sur la primaire // Difficile de partir plus mal que la primaire de la gauche unitaire, on aura l’occasion d’y revenir. J’ai déjà dit néanmoins tout le bien que je pense de ce mode de désignation en général dans le quatrième épisode de Blocs & Partis. Dans une note très complète Valerio Motta, communiquant, ancien de la primaire socialiste de 2011, aujourd’hui proche de la campagne Payan à Marseille - et surtout actuel maillot jaune du classement de la Carte électorale perdue - revient sur tout un tas de raisons structurelles et organisationnelles de préférer la primaire, en l’occurrence ouverte. Il en parle plus particulièrement dans le contexte actuel de la gauche non-mélenchoniste, mais ça reste passionnant.
La Carte électorale perdue : devinez la ville à ses urnes
Saurez-vous reconnaître quelle ville se cache derrière les résultats des onze élections présidentielles de la Ve République ? Le principe est simple, la réponse beaucoup moins.
Une règle : on ne cherche que des préfectures ou sous-préfectures. Ce qui nous permet déjà de limiter les réponses possibles, de bien quadriller le territoire et d’avoir des très grandes villes et des toutes petites.
Cette semaine, pas d’indice, attention ça va aller très très vite :
Une idée de la réponse ? Envoyez-la-moi à blocsetpartis+jeu@gmail.com. Solution bien sûr dans la prochaine newsletter.
La solution du 22 janvier // C’était très facile aussi il y a deux semaines. Le vote Giscard en 1974 crie « Auvergne ! ». Le vote Pompidou crie « Cantal ! ». Aurillac aurait été plus à gauche, nous étions donc à Saint-Flour.
Il n’a fallu que dix minutes à Romain Miele-Hubert pour trouver la réponse. L’ont suivi : Valerio Motta, Arthur Nicolas, Nicolas Fert, Antoine Mire, Simon Billouet, Paul Stuckle, Noé Allouche, Paul Berthelot, Philippe Delepierre, Arthur Peregrin, Nicolas Bousquet, athe_red, Arthur Olivier, Bastien Briand, Vincent Mazoyer, Louÿ Lenoir, Emilie Alonso, Maverick Martins, Antoine Uguen, Alain Ranier, Benoît de Courson ainsi que le député Philippe Brun.
Les données utilisées proviennent du ministère de l’Intérieur et de J. Cagé et T. Piketty (2023) : Une histoire du conflit politique. Élections et inégalités sociales en France, 1789-2022. Le Seuil.
C’est tout pour moi cette semaine. Je vous donne rendez-vous jeudi 19 février 2026 pour le dixième épisode de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.









J'écrirai peut-être dessus à l'occasion, mais un critère prédomine sur le vote parisien par rapport aux humeurs pré-électorales : le taux d'équipement en voiture par foyer rapporté au nombre de personne du ménage. Plus on approche de l'élection, plus ce critère devient un déterminant du vote, quelque soit la popularité des chefs de files de chaque camp. Même Hidalgo, assez impopulaire personnellement avait pu bénéficier de ce vote sociologique en 2020.
Dati avait tenté de se sortir de l'image "pro bagnole", mais sa base, son espace politique et la surenchère de Knafo peuvent progressivement la coincer dans l'équation qui fait perdre la droite depuis 25 ans. Il faudrait tout de même regarder si le renchérissement du prix de l'immobilier à Paris ne lui donne pas une chance, mais pour moi Emmanuel Grégoire est favori, d'autant plus que sa relative distance avec Anne Hidalgo le préserve en partie du rejet de sa personne.