[1.20] Le Pen condamnée mais candidate : voilà à quoi ressemble un « trouble à l’ordre public démocratique »
La candidature de Marine Le Pen, dans une situation judiciaire on ne peut plus précaire, hypothèque non seulement sa campagne - c'est son problème - mais toute l'élection présidentielle.
Salut !
C’est le vingtième épisode - cette fois c’est vraiment le dernier de la saison - de Blocs & Partis ! Cette semaine, on revient exceptionnellement pour parler de la situation politique nouvelle créé par l’arrêt de la cour d’appel dans l’affaire des assistants parlementaires du RN. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est une grande aide pour la visibilité de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un vrai podcast, pas une IA. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un terrible jeu : « La Carte électorale perdue ». La publication est pour le moment gratuite, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
Saison 2
Vous lisez actuellement le vrai dernier numéro de la saison 1 de Blocs & Partis. En vue d’une éventuelle saison 2 à partir de la rentrée prochaine, je cherche à en savoir plus sur ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas dans la lettre, pourquoi vous êtes là, et ce que vous aimeriez voir dans cette possible saison 2. Pour cela, j’ai mis sur pied un petit sondage anonyme qui m’aiderait vraiment à calibrer les choses.
Merci d’avance !
La chronique
Oui, oui, oui, je sais bien. J’avais clôturé la première saison jeudi dernier. Et vous vous dites sûrement qu’elle est bête : elle le savait bien que le 7 juillet tombait la décision d’appel dans l’affaire des assistants parlementaires du RN…
Ben oui, j’étais bien au courant que c’était un moment important mais bon… Le Pen/Bardella, Bardella/Le Pen… Je ne dis pas que Marine Le Pen ou Jordan Bardella comme candidat·e du RN ça ne fait aucune différence. Cela ne donnerait sans doute pas la même campagne. Mais leurs différences on les a déjà analysées et sur-analysées partout depuis la condamnation en première instance. Je me demande même si on les exagère pas un peu.
Mais jusqu’à preuve du contraire les deux ont vaguement les mêmes sondages, les deux sur-dominent la course. Ils sont toujours les deux favoris. Et, ça va peut-être vous surprendre, par-dessus tout je pense que les deux sont battables, que malgré leur large avance, la victoire n’a absolument rien d’acquis.
Le Pen a de l’expérience… en campagnes décevantes
Peut-être, c’est vrai, que c’est plus difficile de battre Marine Le Pen, alors que Jordan Bardella peut apparaître plus friable. Mais attention, l’expérience de Le Pen c’est aussi l’expérience de campagnes décevantes. Le profil des campagnes de la fille Le Pen depuis 2012 est constitué de très bons sondages entre deux élections, et d’un money-time où la concurrence la fait beaucoup souffrir.
Et même au second tour ! Certes, elle a progressé substantiellement entre celui de 2017 et celui de 2022. Ça a dissimulé le fait qu’entre les sondages du début d’entre-deux-tours et le résultat du second tour, MLP a perdu plus de terrain en 2022 (environ 5,5 points) qu’en 2017 (environ 3,5).
Donc oui, le casting de la présidentielle est important, je ne peux pas vous dire autre chose. Mais tout cela était largement anticipé. Normalement, on arrivait en terrain connu. Ce 7 juillet - décidément, les 7 juillet - on devait être fixé. Candidate, ou pas. Oui, ou merde. Le Pen ou Bardella. Point barre.
Sauf que le tribunal a décidé de ne pas choisir. D’offrir même ce choix à Marine Le Pen qui jusque-là avait plusieurs fois dit qu’elle ne ferait pas campagne avec un bracelet électronique et qu’elle n’irait pas en cassation. Résultat, elle fait les deux et la décision finale est reportée de six mois.
Un champ des possibles délirant…
Que Marine Le Pen soit définitivement condamnée alors que s’ouvre le cœur de la campagne présidentielle, en décembre ou janvier, est désormais une option sérieuse. C’est une épée de Damoclès sur la candidate du Rassemblement national - mais ça, je vous dirai que c’est son problème. C’est surtout une hypothèque sur toute l’élection présidentielle.
D’ici là le sujet va planer sur la campagne, sera probablement sur la table à chaque interview de la présidente du groupe RN, et quand la décision sera là, polarisera toute l’attention. Sur elle-même, et sur ses conséquences dans les jours et semaines qui suivent.
Imaginez que Marine Le Pen soit condamnée et qu’elle refuse le bracelet, sous prétexte qu’elle est déjà en campagne ? Imaginez que sous la pression - après tout ça a bien marché sur la cour d’appel - le ou la juge d’application des peines ne l’appelle jamais avant la présidentielle sous ce prétexte ? Imaginez que celui-ci ou celle-là fasse appel à la police pour l’amener ? Imaginez qu’elle fasse bien campagne avec le bracelet au pied ? Et qu’elle l’exploite de telle ou telle manière. Imaginez que finalement le RN change de cheval au milieu de la course ?
La Cour de cassation a précisé mercredi qu’elle « pourrait » - merci les gars, on manquait de certitudes - rendre sa décision « au plus tard » en avril. Mais quelle folie. Et si on a pas la réponse avant l’élection ? Ah c’est certain c’est le meilleur scénario pour Marine Le Pen mais, une nouvelle fois, pour l’élection ?
…qui peut aggraver la crise politique du pays
Quel que soit le scénario - et il en existe un où la présidentielle est carrément reportée, si Marine Le Pen est « empêchée » alors qu’elle est déjà officiellement candidate - je ne vois pas de monde où cela ne polarise pas toute la campagne. À un niveau bien supérieur que les affaires Fillon en 2017 ou la guerre en 2022.
C’est ça, la catastrophe. Franchement, dans un pays à bout de nerfs, en crise politique ouverte depuis deux ans, larvée depuis bien plus, on ne peut pas se payer le luxe d’une troisième ou quatrième campagne présidentielle escamotée. On y va pourtant tout droit.
Tout cela au nom de la « liberté des candidatures », comme dit la cour d’appel ? Mais laquelle ? Les candidatures ne sont pas libres, il y a des conditions pour être candidat·e. Une condition d’âge, une condition de parrainages et une condition judiciaire : ne pas être sous le coup d’une inéligibilité.
Marine Le Pen ne l’est a priori plus, dont acte. Je ne suis pas qualifiée, je ne peux que lire les articles de meilleurs spécialistes sur une durée d’inéligibilité baroque, un sursis en l’espèce bien rare, voire la mansuétude de la cour d’appel comparée à ce qui se pratique d’habitude.
En revanche, d’un point de vue purement politique, il me semble que la situation créée par les ambiguïtés de l’arrêt de la cour d’appel ressemble bien au « trouble à l’ordre public démocratique » décrit par les juges de première instance. Une formule tant critiquée à l’époque, mais aujourd’hui bien palpable.
Vous trouvez légitime de pouvoir se présenter à la présidentielle après avoir été deux fois jugée coupable d’un détournement de fond public de plusieurs millions d’euros ? Vous êtes satisfait·e que la campagne implose avant d’avoir commencée ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Cette fois c’est VRAIMENT tout pour moi cette année. Je vous donne probablement rendez-vous jeudi 3 septembre 2026 pour le premier épisode de la saison 2 de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.







Le vrai citoyen se pose une seule question : pourquoi la loi est différente selon que l'on est un politique ou un simple citoyen ? Il y a des règles en démocratie et l'une d'elle c'est de produire un casier vierge pour les actes simples, administratifs ou professionnels de la vie de tous les jours. On constate que les élus de la nation, qui normalement doivent montrer l'exemple, sont exemptés de ces règles et peuvent postuler, donner des leçons de morale, alors même qu'ils sont sous le coup d'enquêtes judiciaires ou même condamnés. C'est une honte. Le pire, le pire, c'est d'entendre des citoyens reprendre les éléments de langage de ces politiciens, et soutenir que c'est le peuple qui doit choisir même pour des candidats condamnés. Cela veut dire que le plus grand des voyous de quartiers gérés par des narcotraficants serait en capacité de se présenter et d'être élu sauf bien sûr s'il est musulman, arabe ou noir !? Bref la France des lumières, la France des grands hommes, de quelque origine ou religion qu'ils soient, dont le dernier vient d'entrer au Panthéon, a définitivement disparu. C'était sans doute une manipulation morale électoraliste pour faire croire que certains donneurs de leçons sont propres et humanistes. Cela va être très difficile de voter pour des voyous en col blanc, des menteurs, des manipulateurs, des privilégiés de castes, dont les programmes sont inexistants pour la France. Mais entre la peste et le choléra, on choisira quand même et pas question de mettre un bulletin blanc dans l'urne. De Gaulle a sauvé la France à une certains époque où il fallait choisir. On fera de même...quoi qu'il nous en coute !!!!!