
Salut !
C’est le premier épisode de la deuxième saison de Blocs & Partis que je suis très heureuse d’entamer avec vous ! Cette semaine, on parle des campagnes électorales l’été : sont-elles vraiment efficaces ? N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est vous qui faite la visibilité et le succès de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un vrai podcast, pas une IA. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un nouveau jeu : « La Carte électorale cassée ». Chaque lettre est gratuite pendant un mois après sa sortie, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
La chronique
Quand je suis entrée en hypokhâgne, il y a dix-neuf ans, un prof de lettres modernes passionnant, truculent et au fort accent toulousain nous avait donné ce conseil : « La prépa, elle se gagne en dormant. » Totalement contre-intuitif. Dans un cursus réputé difficile, l’effort et le bachotage intensif jusqu’à épuisement sont non seulement valorisés mais presque mythifiés.
Et de fait, les élèves ont plutôt tendance à y réduire les nuits pour d’intenses séances de révision, de fichage ou pour finir à temps le DM du lendemain. Et M. Gibert, du haut de son expérience, à la veille de sa retraite, nous conseillait qu’à tout prendre il valait mieux privilégier le repos. Devinez quoi ? Il avait totalement raison.
Non, Blocs & Partis n’est pas devenu pour sa saison 2 un blog de développement personnel. Non, tout ça pour vous dire que je pense qu’en politique, plus particulièrement en campagne électorale, y’a un peu de ça. Y’a une claire valorisation du chef politique - surtout les hommes - plus fort, plus travailleur, qui n’a pas besoin de dormir - suivez mon regard.
Le facteur fatigue
Alors que rien ne sert de sortir à tort et à travers votre candidat·e au mauvais moment si c’est pour qu’à la fin il ou elle peine dans le money-time. Souvenez-vous de la migraine ophtalmique carabinée de Marine Le Pen avant le débat d’entre-deux-tours de 2017, qu’elle va rater dans les grandes largeurs.
On sous-estime complètement l’effort physique que représente une campagne électorale, qui plus est nationale et présidentielle. J’en avais parlé en 2022 avec Clément Viktorovitch qui soulignait que « nous, les analystes, nous avons tendance, parfois, à négliger l’aspect humain du jeu politique et à tout interpréter en termes de positionnement, de stratégie ». Concrètement, ce qui parfois sera interprété comme une erreur tactique peut être « bêtement » lié à la fatigue.
Alors, dans une campagne qui a commencé si tôt - on en a parlé - comprenez ma surprise quand je vois tout un tas de commentaires s’offusquant de la non-campagne d’Édouard Philippe cet été. Et alors ?
On peut citer aussi Marine Le Pen qui a disparu des radars après sa déclaration de candidature sur TF1, lors de sa condamnation en appel. Jean-Luc Mélenchon a bien tweeté mais n’est pas sorti entre un déplacement au festival d’Avignon, début juillet, et les Amfis d’été, fin août. Et puis on a des preuves formelles que Raphaël Glucksmann a bien pris des vacances. Qui veut voyager loin ménage sa monture et les candidat·es qui ont réellement de l’ambition ont à mon avis plus à gagner à recharger les batteries avant un combat qui va aller crescendo, sans pause.
La saison des candidature désespérées ?
Mon intuition, c’est que les candidat·es qu’on voit battre la campagne l’été sont celles et ceux qui savent qu’ils n’iront pas forcément jusqu’en avril. Et que demain il sera trop tard pour prendre un peu de lumière médiatique. La campagne Tondelier rentre parfaitement dans ce cas de figure, sans que ça n’ait d’ailleurs de rapport avec la pause qu’elle va forcément connaître pour son accouchement, d’ici quelques jours. La question de la fin de sa campagne est bien politique, pas matrimoniale.
Est-ce le même schéma pour la campagne Attal ? Dans la position du challenger dans le bloc central, vis-à-vis d’Édouard Philippe, on peut entendre qu’il fasse feu de tout bois pour tenter de prendre l’avantage. Pour l’instant c’est sans succès. Ses soutiens ont beau très vite monter au créneau quand il gagne le moindre point dans un sondage, il est encore loin derrière.
Mais imaginons qu’il réussisse à renverser la vapeur - c’est pas du tout un scénario à exclure - l’énergie laissée sur la route cet été ne lui manquera-t-elle pas au printemps, quand ça comptera le plus ?
Faire campagne dans le vent
Enfin, l’été, en général et sans doute pas beaucoup plus à huit mois d’une présidentielle, les gens ne sont tout simplement pas là. Ils ne sont pas à l’écoute de ce que vous avez à leur dire. C’est un confrère qui me l’a fait remarquer il y a quelques jours : ces derniers étés Gérald Darmanin était l’un des premiers à sortir dans la presse, dès la mi-août. Est-ce qu’au fil des années ça lui a donné un avantage dans la course des présidentiables du bloc central ? Visiblement non. Plein d’autres raisons font bien entendu qu’il n’est pas en position d’être candidat. Mais revenir de vacances plus tôt que les autres pour être seul sur la scène est un mauvais investissement : vous avez toute la lumière pour vous, mais il n’y a personne dans la salle.
Alors, la présidentielle ne se gagne pas en « dormant » l’été précédent. L’avis de M. Gibert à l’entrée de la prépa n’était d’ailleurs pas non plus une autorisation à buller, bien entendu. Mais un appel à s’organiser pour sauver ses nuits, et « gagner » la prépa. L’été pré-présidentielle ne peut ainsi pas être un moment de passivité, les campagnes fourbissent leurs armes. Mais je reste convaincue que les candidat·es, personnellement, prennent plus d’avance que de retard à se reposer à la belle saison.
Vous avez adoré les vlog d’août de Marine Tondelier ? Vous faites plus confiance à un·e candidat·e qui prend son temps ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Choses vues
Une vie politique sinistre // Cet été a eu lieu une élection législative partielle rocambolesque au Royaume-Uni puisqu’elle mettait aux prises le chef du Reform Party, Nigel Farage, et… Count Binface (le « Comte Tête-de-poubelle »), un candidat satirique qui se présente régulièrement aux élections depuis 2019 pour promouvoir la participation électorale. Il n’a pas empêché la réélection du leader de l’extrême droite britannique, mais en obtenant près de 27 % et 10 000 voix - quand même - dans la circonscription la plus à droite du pays, il l’a rendu un peu ridicule. Voyant bien le problème - il s’agissait effectivement de se moquer de lui, comme leader de l’extrême droite qui a organisé sa propre démission-réélection pour tenter de passer sous silence une enquête qui le vise - Nigel Farage n’a pas voulu participer à la traditionnelle déclaration des résultats où les candidat·es sont d’habitude toutes et tous présent·es derrière la personne chargée de l’annonce. C’est rarissime. Il n’est en effet pas nouveau que ce type de candidat·es plus ou moins loufoques se présentent dans les circonscriptions des chef·fes de partis et en particulier du ou de la première ministre. Ce qui donne lieu à des images savoureuses lors dudit décompte.



Certain·es considèrent qu’en l’espèce Farage a sérieusement manqué d’autodérision et d’ironie toute britannique. En tout cas, nos voisin·es ont eu l’air de bien se marrer, sans que le sens politique de la situation disparaisse - au contraire, même. Ça m’a fait me demander si nous avions, en France, une vie politique sinistre ? Quand avons-nous vraiment ri pour la dernière fois en politique française ? Moi, j’ai pas trouvé, mais si vous avez des propositions, n’hésitez pas à me les transmettre.
De la bombe // J’ai l’habitude l’été de rattraper - ou en tout cas d’essayer - toutes les séries de podcasts que je n’ai pas le temps d’écouter pendant l’année. Emportée comme beaucoup par la De Gaulle-mania suite au diptyque d’Antonin Baudry, j’ai dévoré « La Cavale du général Leclerc », de Philippe Collin sur France Inter puis « Sigmaringen, le crépuscule des bourreaux », du même auteur, que je vous recommande. J’ai beaucoup aimé Les Grandes Traversées « Verdun 1916, au cœur d’une guerre totale » et « César, un rendez-vous avec la mort », particulièrement politique, sur France Culture. Mais, alors que nous entrons dans la saison présidentielle, et que nous allons devoir collectivement choisir celui ou celle qui aura la main sur les codes nucléaires, je vous invite à écouter de toute urgence une Grande Traversée de l’année dernière, « Journal de la bombe, une vie atomique ». Au-delà de l’histoire de « la bombe », racontée de manière originale, la série pose la question de la dissuasion nucléaire, de ce qu’elle veut dire et de ce qu’elle ne dit pas. Pour définitivement vous plomber, complétez ça avec le visionnage sur Netflix de « A House of Dynamite » et vous pourrez comme il se doit aller voter, la main tremblante.
Jaurès TV // Pour revenir à des considérations plus terre-à-terre, j’ai eu la chance d’aller prendre le pouls de la rentrée politique aux Amfis de LFI, à Valence, puis au Campus du PS, à Blois. Avec mon collègue de L’Humanité, Emilio Meslet - qui lui est allé aux Journées des écologistes, à Grenoble -, on vous en fait des débriefs très copieux sur la chaîne YouTube du journal : ici pour LFI, le PCF, Les Écologistes et la déclaration de candidature de Raphaël Glucksmann ; et là pour le résumé du week-end à grand spectacle socialiste et la candidature d’Olivier Faure.
Saison 2
Le principal enseignement du sondage organisé en fin de saison dernière au sujet de Blocs & Partis - vous avez été plus de 250 à répondre, merci ! - est que vous semblez… adorer la newsletter ! Que vous trouvez que ce n’est ni trop fréquent, ni trop rare ; ni trop long, ni trop court ; que des interviews pourquoi pas mais ça vous est égal… Vous êtes un public vraiment formidable. Donc, pour le moment en tout cas, on reprend tout pareil et on verra au fil de l’eau si je dois adapter certaines choses.
Ah, il y a bien un sujet qui a provoqué votre ire : le jeu. La Carte électorale perdue a assez rapidement fini de vous amuser visiblement. J’ai entendu votre colère et ce jeu reviendra plus tard dans une version beaucoup plus accessible et, j’espère, amusante ! En attendant, place à votre nouveau jeu…
La Carte électorale cassée : découpez les sièges à votre avantage
Voici donc le nouveau jeu que vous avez pu tester avant l’été : La Carte électorale cassée. C’est vous qui devez redécouper les circonscriptions électorales d’un pays imaginaire de manière à ce que votre parti (le parti rouge ou le parti bleu, suivant les semaines) gagne à coup sûr les élections. Chaque circonscription en plus pour votre parti vous fait gagner plus de points que la précédente. S’ajoutent un bonus de temps et un bonus de compacité des circonscriptions.
Petite précision concernant les règles : seule la première soumission valide d’un même pseudo est prise en compte pour une même carte. Et si vous voulez progresser dans le classement de la saison qui commence, il vous faut absolument garder le même pseudo à chaque épisode. N’oubliez pas non plus de valider votre score (ça se passe via un petit Google Form qui est pré-rempli, vous n’avez qu’à valider, on est dans l’artisanat).
À l’avenir il y aura des cartes plus grandes, plus petites. Parfois avec des conditions de découpages supplémentaires, pour pimenter un peu les choses. Pour toute réclamation, n’hésitez pas à me contacter sur les réseaux ou par mail.
C’est tout pour moi cette semaine. Je vous donne rendez-vous jeudi 17 septembre 2026 pour le deuxième épisode de la deuxième saison de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.







Je ne suis pas convaincu par votre point de vue.
L'été est LE moment ou les gens ont un peu plus de temps pour se poser des questions.
Pendant toutes la belle saison, j'ai entendu partout les gens parler politique, car les français sont passionnés par la chose politique.
Pour reprendre des formules désormais tristement célèbres : L'été c'est LE moment ou il y a du temps de cerveau disponible.