
Salut !
C’est le cinquième épisode de la deuxième saison de Blocs & Partis ! Cette semaine, on se penche sur le crépuscule du macronisme au pouvoir. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est vous qui faite la visibilité et le succès de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un nouveau jeu : « La Carte électorale cassée ». Chaque lettre est gratuite pendant un mois après sa sortie, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.

La chronique
« Quel mandat… » Voilà ce que je me suis dit à l’écoute de la dernière allocution d’Emmanuel Macron, le 18 octobre, au lendemain d’une journée de manifestations importantes mais terminées sur des images de violence et une nouvelle faillite du maintien de l’ordre. Le président aura, une nouvelle fois, déployé tout l’apparat du pouvoir sous la Ve République pour ne rien dire.
La scène résume au fond assez bien la manière dont Emmanuel Macron a gouverné. Comme le montre Aline Leclerc dans « Le Monde », au-delà du coût de la vie, c’est du délitement de la démocratie qu’il était question le 17 octobre. Un délitement à mon sens nourri par l’incroyable volonté macroniste d’exercer le pouvoir de manière exclusive et dans toute sa plénitude, sans jamais en assumer les conséquences.
Le pouvoir macroniste se prétend, tel un bonapartisme de Wish, en lien direct avec le peuple. Nul besoin de corps intermédiaires, de syndicats, de collectivités locales, et même, à peu près, de Parlement : le président est là. Le grand débat post-gilets jaunes, ce fut ça : un président thaumaturge qui vient donner l’impression qu’il va lui-même apporter une réponse à chaque problème, directement.
Des Médiations dévaluées
Toutes ces médiations ont été consciencieusement dévaluées, de manière sonnante et trébuchante (la fin de la taxe d’habitation, c’est aussi de l’autonomie en moins pour les collectivités) ou symbolique. « Une manifestation d’opposition ? Mais enfin, qui vous a élu·es ? »
On l’a beaucoup entendu, ça, pendant dix ans, que le président avait la légitimité de l’élection. C’est évidemment vrai, mais un peu court. Comme si l’onction du suffrage universel présidentiel était une sorte de chèque en blanc d’une durée de cinq ans. Comme s’il n’y avait pas d’autres élu·es. Comme si, en démocratie, il n’y avait pas aussi d’autres légitimités.
La Ve République donne au président tout à la fois les moyens, et l’illusion, d’une légitimité toute-puissante et exclusive. Les murs de nos institutions sont si solides et si épais qu’on n’y entend presque pas les vibrations de l’extérieur. Ça n’a pas empêché certain·es dans le passé de renoncer à des réformes majoritaires au Parlement, parfois même déjà votées, mais impopulaires. Pourquoi ? Par peur, par manque de courage ou de volonté politique ? C’est ce qui se dit souvent. C’est possible.
Peut-être aussi pour ne pas trop se décaler du pays. Imposer des réformes au forceps a un coût politique. Même avec la légitimité d’un mandat démocratique, sans capital politique, on ne peut pas faire grand-chose. On le voit bien en cette fin de mandat chaotique : Emmanuel Macron a beau avoir asséné qu’il serait président « jusqu’au dernier quart d’heure », sa capacité d’initiative dans ce « quart d’heure » est nulle.
Une dette de capital politique
Il y a un profond déni de la notion de capital politique dans le pouvoir macroniste. Sorti de nulle part, élu deux fois grâce au front républicain, gouvernant sur une base électorale famélique, Emmanuel Macron n’avait d’ailleurs pas tant de capital au départ. Il n’en a tenu aucun compte. Et s’il n’est pas responsable de toutes les crises d’un décennat qui les a cumulées, celles dont il est comptable naissent à mon avis de là : il a creusé sa propre dette de capital politique et ça s’est plusieurs fois payé très cher.
Le printemps 2023 en est un bon exemple : la réforme des retraites imposée dans une confusion problématique entre ce qui est légal ou constitutionnel, et ce qui est souhaitable ou démocratique, a eu un coût exorbitant. Un coût « concret », celui d’une première ministre, Élisabeth Borne, carbonisée par les événements, remplacée huit mois plus tard par Gabriel Attal. Un changement de gouvernement un peu à contretemps, à six mois d’élections européennes difficiles, qui a pavé le chemin vers la dissolution du 9 juin. Et un prix plus « philosophique », celui d’un éloignement toujours plus grand entre l’électorat et le pouvoir politique.
Plus agaçant encore, le macronisme, non content de ne reconnaître aucune autre légitimité que la sienne, se défausse en permanence.
Dernièrement, ça m’a à nouveau frappé lors des questions au gouvernement du 6 octobre ; on n’en était encore qu’au début du mouvement lycéen, mais les violences policières étaient déjà largement documentées. Sébastien Lecornu a, en substance, considéré nulles et non avenues les critiques de la gauche sur la « répression » du mouvement, car d’après lui le gouvernement n’en a jamais donné l’instruction. Si tant est que ce soit vrai, c’est un peu comme si l’exécutif considérait qu’il ne rendait des comptes que sur ce qu’il a décidé.
Quand on gouverne, on est responsable de tout
Je veux dire : j’ose espérer que le gouvernement Chirac n’avait pas donné l’ordre à la police de tuer Malik Oussekine, ou le gouvernement Valls de tuer Rémi Fraisse ! J’espère qu’aucun ordre n’a été donné à la police de priver plusieurs lycéen·nes de leur œil, de leur mâchoire ou de leur main ! Pourtant, c’est ce qu’il s’est passé. Un gouvernement, ça rend des comptes quand ça se passe bien et quand ça se passe mal. C’est pas à la carte.
Par-dessus le marché, Emmanuel Macron n’aura de cesse pendant son second mandat de vouloir se mettre au centre de grands raouts avec les forces politiques ou syndicales qu’il avait jusque-là tant ignorées. Jamais rien ne sera sorti de ces réunions, mais le président de la République l’a-t-il seulement jamais voulu ? L’Élysée expliquait à l’époque qu’il s’agissait « d’objectiver » ou de faire « partager un constat ». Mais ça veut dire quoi ? En réalité, l’idée était juste de mouiller tout le monde. De faire ratifier une sorte de « il n’y a pas d’alternative » à ses adversaires. Il n’a jamais été question de forger quelque compromis que ce soit.
Après avoir largement présumé de ses forces et avoir voulu exercer le pouvoir jusque dans ses excès, le macronisme a méthodiquement sapé toutes les médiations démocratiques, créé une situation impossible et blâmé la terre entière pour ça. Voilà donc ce qu’il aura été : une longue inconséquence. Le problème maintenant , c’est que ce président censément libéral a donné l’exemple. Oui, on peut utiliser les institutions de la Ve République jusqu’au bout ou presque sans rendre vraiment de comptes. Reste à savoir dans quelles mains ces institutions tomberont.
Vous trouvez que la démocratie française sorte revigorée des dix années de mandat macroniste ? Vous pensez que la série de grands débats du président avec les maires a été un formidable outil participatif ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.

Choses vues
Alerte rouge dans le « socle commun » // Est-ce que je me dirige vers un premier amendement à mon « issue la plus probable » de la présidentielle telle que je vous la présentais il y a un mois et demi ? Pas encore, mais les sondages des candidats du « bloc central » (Philippe et Attal) ces dernières semaines sont catastrophiques. Et même en l’élargissant au « socle commun » (Retailleau). Dans deux sondages (Ifop et OpinionWay), le total de ces candidats est tombé à 22 % dans l’hypothèse où les trois sont sur la ligne de départ. C’est 24 % ou 24,5 % chez Harris et Ipsos. À titre de comparaison, les partis qui ont par la suite formé le « socle commun » ont obtenu 32,6 % à la présidentielle de 2002 (Macron+Pécresse) et 28 % aux législatives de 2024 (Coalition macroniste+LR, mais sans les divers droite). Et disons que la situation sociale et politique n’est pas extrêmement florissante pour le camp qui gouverne actuellement le pays. Certes, je ne prétends pas qu’il y ait un désir de reconduire les sortants, je pense qu’ils sont juste à une place où ils peuvent tirer les marrons du feu entre une option de gauche radicale et une option d’extrême droite très polarisantes. Et le dernier Cluster17 montre bien à quel point la perspective d’un maintient du « bloc central » au pouvoir est bien moins rejetée que les autres (14 % contre 30 % pour une victoire du RN et 41 % celle de LFI). Cependant, il faut quand même avoir un·e candidat·e en position de les tirer, ces marrons. Or, la chute d’Édouard Philippe est aussi rapide qu’impressionnante. Est-ce que le camp gouvernemental devra sortir un nouveau candidat du chapeau ? Une remontée est-elle possible ? Elle ne tombera pas du ciel, mais, sur le papier, ça n’est pas impossible. En 2022, le total gauche est tombé à 24 % dans une série d’enquêtes entre décembre et février (chez Ifop, Elabe et OpinionWay), 23 % début janvier (Ifop) ou encore 23,5 %, toujours pour l’Ifop… début mars. Avant de finir à 32 % un mois plus tard.
Vague rouge // Je suis tombée, un soir de désœuvrement, sur une formidable série documentaire d’Arte sur la révolution conservatrice aux États-Unis, de 1960 et l’élection de John F. Kennedy à 1980 et celle de Ronald Reagan. Sobrement intitulée « USA 1960-1980, la révolution conservatrice », mais richement illustrée d’archives, la série revient sur deux décennies qui ont vu le Parti républicain, et les États-Unis eux-mêmes, s’éloigner du « consensus libéral » (ce qui veut là-bas dire protection sociale et régulation de l’économie) qui régnait depuis les années 1930. On y croise aussi le concept de « majorité silencieuse », les prémices du retournement d’une partie de la classe populaire ouvrière contre la gauche sur fond de guerres culturelles, et les grands points de repère pop du moment… J’adore aussi le commentaire au ton toujours légèrement pince-sans-rire de Cédric Tourbe, le réalisateur. Une patte que j’avais déjà aimée dans « Churchill, Roosevelt et Staline : la route vers Yalta », qui reprend en détail et très en amont les étapes diplomatiques qui ont mené à l’union des Alliés et à la formation de l’ordre mondial d’après-guerre. Ce doc est toujours visible ici. Les trois épisodes de cinquante-deux minutes « USA 1960-1980, la révolution conservatrice » sont, eux, disponibles gratuitement jusqu’au 3 mai 2027 sur la plateforme d’Arte.

La Carte électorale cassée : découpez les sièges à votre avantage
Dans La Carte électorale cassée c’est vous qui devez redécouper les circonscriptions électorales d’un pays imaginaire de manière à ce que votre parti (le parti rouge ou le parti bleu, suivant les semaines) gagne à coup sûr les élections. Chaque circonscription en plus pour votre parti vous fait gagner plus de points que la précédente. S’ajoutent un bonus de temps et un bonus de compacité des circonscriptions.
Cette semaine, vous jouez pour les bleus sur une grande carte. Pour vous donner une idée j’ai réussi à contenir les rouges dans seulement trois sièges sur onze, de haute lutte.
Petite précision concernant les règles : seule la première soumission valide d’un même pseudo est prise en compte pour une même carte. Et si vous voulez progresser dans le classement de la saison qui commence, il vous faut absolument garder le même pseudo à chaque épisode. N’oubliez pas non plus de valider votre score (ça se passe via un petit Google Form qui est pré-rempli, vous n’avez qu’à valider, on est dans l’artisanat). Et, parce que ça en stresse certain·es vous pouvez choisir de masquer le chrono (en cliquant dessus) mais vous renoncez alors au bonus de temps.
Pour toute réclamation, n’hésitez pas à me contacter sur les réseaux ou par mail.
Le classement du 1er octobre
Sur les 75 personnes qui ont participé, trois ont obtenu 325 points : bravo à alphonse, Bikouze et Wally ! Pour vous jauger, sachez qu’obtenir 305 points vous ouvrait les portes du top 10, que le score médian est 275 et enfin que le moins bon score est 155, désolé dem.
Voici le top 10 du classement général après quatre manches : 1. Bikouze, 1310 points ; 2. Potdecol, 1300 points ; 3. Rémy D., 1290 points ; 4. walker, 1285 points ; 5. Strasbourgeois84, 1270 points ; 5. tiennusmarcus, 1270 points ; 7. Kventino, 1260 points ; 7. sjf93, 1260 points ; 9. Louÿ Lenoir, 1230 points ; 9. Zelie_g, 1230 points.
Si vous avez « raté » un ou des épisodes, sachez que vous pouvez toujours jouer aux manches précédentes sans problème.

C’est tout pour moi cette semaine. Exceptionnellement, je vous donne rendez-vous dans trois semaines, jeudi 19 novembre 2026 pour le sixième épisode de la deuxième saison de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.


