
Salut !
C’est le deuxième épisode de la deuxième saison de Blocs & Partis ! Cette semaine, je vous dis d’où je pars et d’où je parle dans cette campagne présidentielle. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est vous qui faite la visibilité et le succès de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un vrai podcast, pas une IA. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un nouveau jeu : « La Carte électorale cassée ». Chaque lettre est gratuite pendant un mois après sa sortie, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
La chronique
Pas facile de savoir par quel bout prendre cette campagne présidentielle absurdement intense, si loin de l’échéance. Pour être un peu plus limpide au fil des chroniques des prochaines semaines, j’ai le sentiment d’avoir besoin « d’introduire » un peu plus cette année présidentielle. De vous dire d’où je pars en cette rentrée, depuis ma place d’analyste.
À ce titre, c’est aussi l’occasion de vous dire ce qui peut ressembler à mon credo sur ce que je pense être une « analyse politique », telle que je crois la pratiquer ici. Parce que, ces derniers temps, en famille, entre ami·es, ou quand je rencontre des gens sur le terrain - aux différentes universités d’été, par exemple, ou à la Fête de l’Huma ce week-end - on me demande souvent : « Comment tu vois les choses ? », « Comment ça va se passer ? ». Ou même plus directement : « Est-ce que Le Pen va gagner ? », c’est une préoccupation qui revient très souvent.
Évidemment, je n’en sais rien. C’est un peu de là que vient l’idée de dire que « je ne suis pas Madame Irma » dans le teasing de la saison 2 de la lettre. Est-ce que, pour autant, je n’ai rien à répondre à ces questions-là ? Non plus.
Un point de départ, pas une prévision
Vous dire où j’en suis aujourd’hui de ma lecture de la campagne, ce n’est pas faire un pronostic ou une prévision. C’est faire un point d’étape, en l’occurrence même un point de départ. Que je ne vais pas étayer aujourd’hui, mais par petites touches ou en longueur dans les chroniques à venir… et, sans aucun doute, amender durant la campagne.
On est hyper loin de l’élection. C’est une lapalissade, mais alors qu’on a une campagne, au moins dans les médias, à l’intensité d’un mois de janvier, c’est peut-être bien de le rappeler. L’état de la campagne va changer dix fois. Et, assez logiquement, l’analyse que nous, observateur·rices, faisons de la situation, va changer en conséquence.
C’est toujours ce truc-là : après l’élection, on ressort des analyses éventuellement pertinentes à un moment donné qui, surprise, s’avèrent erronées dans un contexte totalement différent. C’est qu’on se trompe sur ce qu’est une analyse politique. On hiérarchise, on met en perspective, en relief, des événements, des déclarations, des mouvements… Avec les informations qu’on recueille, ce qu’on croit savoir de l’état du pays, l’expérience des dernières élections, des précédentes campagnes présidentielles, les sondages et puis ce qu’on est, son « pif »… On forge très littéralement un point de vue espérons-le informé.
La « religion du résultat » n’a aucun intérêt.
Il y a sans doute de bonnes et de mauvaises analyses. Mais je crois que ce n’est pas tellement le sujet de savoir qui a tort ou raison au regard de l’issue d’une élection qu’on ne connaît pas encore. Ça va vous paraître léger, mais je crois que c’est la même controverse qu’en journalisme sportif.
Il y a presque dix ans, j’avais écouté Vincent Duluc, le principal journaliste football de « L’Équipe » dire ça dans le podcast « Banquette » : « Y’a pas de journalisme possible si on considère que la victoire donne tort ou raison. [...] Soit le sport est une matière assez noble et assez mature pour qu’on puisse avoir un point de vue avant et considérer que le résultat ne détermine pas qui a tort et qui a raison. Soit c’est la religion du résultat et ça n’a aucun intérêt. Quel intérêt d’avoir un raisonnement si seul le résultat compte ? »
Je pense qu’il a complètement raison. Comme ce n’est pas forcément la meilleure équipe, ou la plus belle, ou celle avec le plus de possession qui gagne en foot, ce n’est pas forcément la meilleure campagne qui gagne l’élection. Et puis une bonne campagne en octobre peut s’avérer à côté de la plaque en mars, et inversement.
Ce n’est pas parce qu’on est prudent·es qu’il n’y a rien à dire
Dans ce contexte, il faut se garder d’être dans une sorte de tyrannie de l’instant, qui, à chaud, nous fait dire à toutes et tous - de la personne lambda aux acteur·rices politiques - que tel ou tel événement est celui qui va tout changer… Sans pour autant céder à la tentation de se projeter extrêmement loin en mode « de toute façon à la fin ça sera ça, et ça, emballez, c’est pesé », en considérant, au contraire, qu’aucun des nombreux événements à venir n’aura de conséquences. Il faut trouver un équilibre, y compris entre un commentaire tiède qui ne dit rien et un avis tranché un peu bas du front.
Pour ça, j’aime bien raisonner en termes de probabilités. Pas en soupesant des pourcentages de chances un peu artificiels en l’espèce, bien entendu, mais en précisant si ce que je décris est une situation à mes yeux probable, possible, improbable mais pas impossible… Pour donner des clés aux lecteur·rices. En creux, dire ce qu’on estime le plus probable donne des clés aussi pour définir ce qu’est une « surprise » ou un authentique « événement ». Il me semble que quand on en est là, la discussion est déjà plus intéressante.
Aujourd’hui, en l’état de la situation et de tout ce que j’ai dit avant, je crois que le « most likely outcome », comme ça se dit aux États-Unis c’est-à-dire le scénario le plus probable - avec à cette heure une grande marge d’incertitude - c’est que le prochain président soit issu de la droite ou du centre.
Un bloc central moins en difficulté qu’il n’y paraît
Marine Le Pen est certes donnée gagnante dans toutes les enquêtes de second tour… Mais, parce que ces sondages sont peu fiables, 55 %, même 56 %, ça ne me paraît absolument pas suffisant à date pour contrer une vraisemblable réactivation du front républicain après le premier tour. Par ailleurs, à mon sens le fort rejet de la gauche dans son ensemble pourrait faire se sur-mobiliser l’électorat de la droite et du centre pour voter utile et éviter qu’elle n’accède au second tour, à plus forte raison si celui qui est en mesure de se qualifier est Jean-Luc Mélenchon.
Le camp qui gouverne le pays depuis dix ans me paraît donc dans une position pas aussi défavorable qu’on le dit beaucoup. Pas tant parce que les Françaises et les Français en sont tellement satisfaits ou n’ont pas envie de changement, au contraire. Mais, dans un scrutin que je pressens, comme en 2022, écrasé par le vote tactique, le « bloc central » tire un bénéfice majeur de sa position relative aux autres forces sur l’échiquier : pas centriste, mais bien centrale. C’est ce qui pourrait en faire le réceptacle d’un vote par défaut, pour éviter « les extrêmes ».
Voilà d’où je pars, ce qui ne m’empêchera de me pencher sur d’autres scénarios pas du tout absurdes (qu’Attal dépasse Philippe ? Pas le plus probable à mon sens, mais pas impossible), d’autres « mondes », d’autres « hypothèses » peut-être moins envisageables (Glucksmann en tête à gauche ? Sa position aujourd’hui dans les sondages laisse honnêtement toutes les portes ouvertes. Mais mon impression est qu’il n’a ni la caisse, ni la machine pour). Et bien entendu d’amender ce « most likely outcome » au fil du temps. La discussion, comme la campagne, ne fait que commencer.
Vous faites partie de ceux et celles qui pensent que tout est déjà verrouillé ? Au contraire, tout va se retourner ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Choses vues
La double tuile de Philippe // C’est vrai, les sondages ont déjà été meilleurs pour Édouard Philippe ; cependant, il reste encore, à ce jour, le clair leader de l’espace de la droite et du centre. Mais, oulà, que ces derniers jours ont été difficiles ! Il y a d’abord eu sa proposition de rencontre entre tous les candidats issus de cet espace afin de converger vers une candidature unique. Un excellent moyen de se faire claquer la porte au nez par tout le monde - ce qui s’est effectivement passé. La faute à un double mauvais timing : d’abord, l’initiative arrive sans doute bien trop tôt et, surtout, à un moment où Philippe est plutôt sur le reculoir dans les sondages. Ce qui permet à ses concurrents de continuer à se dire : « Alors, peut-être ! » Et puis, Édouard Philippe a eu une réponse vraiment faible à la polémique qui le vise sur des propos un peu déformés (il voudrait un système où il y a quelques mois entre l’élection et l’investiture du président, mais ne dit pas du tout qu’il voudrait l’appliquer pour lui l’an prochain) en mode « drôle de conception du débat public ! ». Eh bien oui, les adversaires utilisent chacune de vos déclarations, chacun de vos faux pas pour tenter de faire des gains, exagèrent ou minimisent chacune de vos position… et ça ne date pas des réseaux sociaux. S’il n’y est pas prêt, ça augure assez mal du reste de la campagne. Tout cela mis bout à bout, ça fait une mauvaise semaine pour Horizons, et ça arrive. Le tout est de ne pas en avoir trop, et surtout pas trop d’affilée pour ne pas se créer une sorte de momentum négatif. Bref, c’est à suivre d’un coin de l’œil.
PS : I hate you // Je suis fascinée de voir à quel point les dirigeants socialistes passent un temps fou à s’invectiver sur les réseaux. Ces derniers jours, ce sont évidemment les pro Raphaël Glucksmann qui s’insurgent contre le « trolling » des règles de la primaire du pôle socialiste par Olivier Faure et ses proches. Et ils en appellent au respect du vote des militant·es du 9 juillet, où les alternatives étaient pourtant sacrément équivoques. La situation est forcément savoureuse quand on sait qu’avant cette date, les rôles étaient simplement inversés entre des fauristes qui demandaient le respect des deux derniers congrès et des oppositions qui n’ont jamais admis leurs défaites. C’est cette ambiance de règlement de comptes qui fait dire à plein de gens que le PS a « réinventé la machine à perdre » avec la primaire. Mais ce n’est pas la primaire, la machine à perdre - remet droit sa casquette de Capitaine Primaire - c’est le congrès permanent des socialistes. Comme écrit dans Blocs & Partis 1.04, elle « n’est pas une solution miracle qui rassemble des partis profondément divisés ou donne un programme tombé du ciel à des gens qui n’ont plus d’idées. On dit aussi que la primaire crée de la division… Pardon, mais si les membres ou sympathisant·es de votre parti votent plus pour se faire plaisir entre eux que pour gagner, le problème est en amont. »
Auto promo // Vous vous souvenez de l’interview de Noé Girardot-Champsaur sur le profilage électoral et la mobilisation en campagne électorale, dans Blocs & Partis 1.18 ? Eh bien Noé sort un livre sur le sujet, « Organiser la victoire, de la base à la majorité comment la gauche pourrait gagner », aux Editions du Bord de l’eau avec la Fondation Jean-Jaurès. Je serai, justement, à la Fondation Jean-Jaurès le mardi 29 septembre, à 19 heure pour animer une table-ronde autour du livre avec Noé mais aussi Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre et présidente de France Terre d’asile, Cécile Duflot, ancienne ministre, directrice d’Oxfam France - et lectrice assidue de votre newsletter préférée - et Alice Barbe, directrice de l’Académie des Futurs leaders. C’est gratuit mais sur inscription ici.
La Carte électorale cassée : découpez les sièges à votre avantage
Dans La Carte électorale cassée c’est vous qui devez redécouper les circonscriptions électorales d’un pays imaginaire de manière à ce que votre parti (le parti rouge ou le parti bleu, suivant les semaines) gagne à coup sûr les élections. Chaque circonscription en plus pour votre parti vous fait gagner plus de points que la précédente. S’ajoutent un bonus de temps et un bonus de compacité des circonscriptions.
Une petite nouveauté : parce que ça en stresse certain·es vous pouvez choisir de masquer le chrono (en cliquant dessus) mais vous renoncez alors au bonus de temps.
Petite précision concernant les règles : seule la première soumission valide d’un même pseudo est prise en compte pour une même carte. Et si vous voulez progresser dans le classement de la saison qui commence, il vous faut absolument garder le même pseudo à chaque épisode. N’oubliez pas non plus de valider votre score (ça se passe via un petit Google Form qui est pré-rempli, vous n’avez qu’à valider, on est dans l’artisanat).
Pour toute réclamation, n’hésitez pas à me contacter sur les réseaux ou par mail.
Le classement du 3 septembre
Vous êtes plus d’une centaine à avoir joué pour cette première vraie carte à découper. Cinq joueur·euses ont obtenu 335 points lors de la première manche de la saison : Rémy D. ; clem ; Madseop ; Azzurik et athe_red. Ils ont brillamment réussi à ne donner que deux misérables circonscriptions au camp bleu. Pour vous jauger, sachez qu’obtenir 305 vous ouvrait les portes du Top 10 et que le score médian est de 255 points. Bon dernier, pf6300 n’a glané que 155 points.
C’est tout pour moi cette semaine. Je vous donne rendez-vous jeudi 1er octobre 2026 pour le troisième épisode de la deuxième saison de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.





