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Avatar de Charles Haroche

C’est évidemment très difficile de défendre Macron, et il faut dire qu’il n’a pas donné beaucoup de raisons de le faire.

En revanche sur les explications et pour continuer d'instruire le dossier, je pense que certains choix de Macron sont ceux d’un acteur acculé, que l’on pousse à prendre les pires décisions démocratiques possibles, précisément parce que les oppositions ont bien compris le coût exorbitant, en capital politique, du 49.3.

L’exemple des retraites est intéressant. Je me souviens qu’il y avait eu tout un débat pour savoir s’il ne fallait pas, au fond, faire passer la réforme par un simple amendement au budget de la Sécurité sociale pour 2023, quasiment dans la foulée de l’élection en décembre. Macron a préféré la négociation entre Élisabeth Borne et les partenaires sociaux et politiques, notamment parce que c’était un gage donné dans l’entre-deux-tours.

Le problème, c’est que cette négociation était biaisée à deux égards. D’abord, tout le monde savait qu’elle aboutirait à un recul de l’âge de départ (on est quand même passé de 65 à 64 ans ce qui était présenté par le gouvernement comme un gros effort), si bien qu’aucun syndicat n’avait intérêt à toper avec Borne. Ensuite, et surtout, des acteurs comme Éric Ciotti ont fait preuve de duplicité ou d’incompétence et se sont révélés des partenaires absolument pas fiables. Si il y a eu 49 al 3 c'est d'abord à cause du manquement à la parole donnée... et parce que le gouvernement n'avait aucun autre levier, sinon de perdre le vote (on a quand même eu des LR qui ont voté CONTRE l'engagement de campagne de leur propre candidate à la présidentielle).

C’est aussi là que le 49.3 finit par se retourner contre l’exécutif : les oppositions ont plus intérêt à pousser le gouvernement à la « saignée du capital politique » qu’à transiger. Comme en négociation, on pousse l’autre à la faute parce qu’on sait qu’il n’a pas de vraie solution de rechange. C’est d’ailleurs pour cela que, même après la dissolution, les rares moments de compromis budgétaire, qui auraient pu être des moments de revigoration démocratique, se sont vite retournés contre les Premiers ministres. Il faut d’abord obtenir une censure, parce qu’elle réduit à néant le capital politique du président (on sait qu’il ne démissionnera pas, ce qui est en fait un problème), et seulement ensuite on accepte de transiger.

Au fond, c’est peut-être là le vrai problème de la Ve République. Imaginons, avec beaucoup de bonne foi, un président sincèrement désireux de nourrir le débat démocratique et d’installer une culture du compromis. Tout est fait, institutionnellement, pour que les oppositions n’aient aucun intérêt à jouer le jeu.

Reste un élément qui me frappe à chaque fois dans le rapport de Macron au débat démocratique : son incapacité (peut-être qu'il est nul là dessus surtout) à contrôler le moindre récit. On n’a jamais vu un président alimenter autant de rumeurs folles (combien de fois, entre le Covid et le budget, a-t-on entendu qu’il allait « dégainer l’article 16 » ?), et chaque prise de parole, comme après l’attentat de Trappes, montre une incapacité à parler sans déclencher une polémique, souvent par pure gaffe. Il y a quelque chose de Joe Biden dans cette solitude et ce délitement, où il est accusé de tout, surtout par son propre camp.

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