[1.17] Présidentielle 2027 : C'est déjà très long
Parce que 2027 sera « LA campagne du vote utile », elle a démarré incroyablement tôt, et avec une intensité folle. Pas franchement le présage d'une « bonne » campagne.

Salut !
C’est le dix-septième épisode de Blocs & Partis ! Cette semaine, on en vient à cette campagne présidentielle partie sur des bases records. N’hésitez pas à liker et partager l’épisode, c’est une grande aide pour la visibilité de la lettre. Vos retours sont aussi très précieux.
Comme chaque fois, la chronique est disponible à l’écrit, mais aussi en podcast. C’est un vrai podcast, pas une IA. Alors, si vous préférez l’audio, ça se passe sous le titre ⬆️
Pour rappel, Blocs & Partis, les chroniques de la Ve République tardive, est publiée un jeudi sur deux. Pour celles et ceux à la recherche d’une analyse renouvelée de la scène politique française, de ses dynamiques et de ses métas. C’est aussi ma sélection d’infos ou d’éléments qui ont retenu mon attention et un terrible jeu : « La Carte électorale perdue ». La publication est pour le moment gratuite, mais vous pouvez aussi soutenir mon travail en souscrivant à un abonnement payant.
Saison 2
Vous lisez actuellement l’antépénultième numéro de la saison 1 de Blocs & Partis. En vue d’une éventuelle saison 2 à partir de la rentrée prochaine, je cherche à en savoir plus sur ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas dans la lettre, pourquoi vous êtes là, et ce que vous aimeriez voir dans cette possible saison 2. Pour cela, j’ai mis sur pied un petit sondage anonyme qui m’aiderait vraiment à calibrer les choses.
Merci d’avance !
La chronique
Non mais vous vous rendez compte ? Gabriel Attal le 30 mai, Jean-Luc Mélenchon le 7 juin, Bruno Retailleau le 20 juin et Édouard Philippe le 5 juillet… Quatre grands meetings, de quatre candidats officiellement déclarés, de partis importants qui plus est, avant même l’été qui ouvre, disons, la « saison présidentielle ».
Je crois que c’est du jamais-vu. Bien sûr, il y a eu des candidat·es à des primaires par le passé, mais ça n’a rien à voir. C’est vrai que les campagnes présidentielles ont eu tendance à s’étirer au fil des décennies. Et puis l’impossibilité légale pour le sortant de se représenter - c’est finalement la première fois que ça arrive - aiguise assez logiquement les appétits plus vite.
Ajoutons à cela le blocage institutionnel du pays qui pousse les acteur·rices politiques à se projeter sur la prochaine élection plus que sur la résolution de la situation. Et aussi le sentiment diffus que si Emmanuel Macron, sorti de nulle part, a pu gagner, bah n’importe qui peut le faire - on en a déjà parlé dans l’épisode 3 sur la crise de surproduction des « présidentiables ». Et vous obtenez cette campagne en fleurs très très tôt.
L’impression d’être déjà en décembre ou janvier
Mais ça n’explique pas totalement l’intensité de la campagne si loin du but. Regardez comment on examine les sondages ! Vous savez qu’on aime ça ici, mais j’ai l’impression qu’on regarde la série de ce mois-ci comme si on était à quelques semaines du premier tour. En fait, j’ai l’impression qu’on traite cette présidentielle avec l’intensité d’un mois de décembre ou janvier avant le scrutin !
En commentant sa récente livraison pour Le Parisien, Mathieu Gallard a tweeté que 2027 serait « LA campagne du vote utile, avec des électorats qui regarderont les dynamiques du camp d’en face ». Je suis non seulement d’accord avec lui, mais je pense que c’est ce qui explique cette activité si précoce.
Cette présidentielle devrait être l’élection du vote utile, mais d’un vote utile particulier. Pas le simple vote utile de premier tour pour assurer la qualification de tel ou tel bloc pour le second tour. Mais un vote utile pour s’assurer que le candidat qui sera qualifié face à l’extrême droite est bien en capacité de l’emporter.
Un électorat stratège et habitué
Les Françaises et les Français ne sont - malheureusement - pas toutes et tous des lecteur·rices de Blocs & Partis, ou des expert·es de la vie politique et de nos institutions. Mais ielles voient quand même comment ça fonctionne, au moins à grands traits. Ielles connaissent les us et coutumes d’une Ve République décidément bien tardive.
Ainsi, l’enjeu du cut qui s’opère à la fin du premier tour est bien connu. Ielles perçoivent aussi que l’extrême droite, qu’elle soit représentée par Marine Le Pen ou Jordan Bardella, est loin devant tout le monde aujourd’hui, a des chances de gagner et paraît en tout cas déjà avoir son ticket pour le scrutin de ballottage.
Or, à date, mon analyse, nourrie - je le concède - d’un peu d’optimisme, pas mal de sondages, mais surtout - surtout - des derniers scrutins, c’est que, majoritairement, les Françaises et les Français ne souhaitent pas la victoire de l’extrême droite. Une majorité plus étroite que jadis, mais une majorité quand même. Une majorité très polarisée entre le bloc de gauche et celui de droite et du centre, mais qui, in fine, voudra de l’efficacité pour éviter une issue.
Duo, carré ou cash ?
À partir de là, vu l’état de notre champ politique, la campagne présidentielle risque fort de ressembler à une très longue partie de « Tout le monde veut prendre sa place » avec un champion·ne bien accroché·e à son siège en regardant les autres se battre pour tenter de se qualifier pour la finale en répondant à une seule question duo : pouvez-vous battre Jordan Bardella ou Marine Le Pen ?
On va avoir une superposition bizarre entre THE élection du vote utile - où chacun·e devra se distinguer dans son bloc - et une immensément longue campagne de second tour - où chacun·e devra montrer dès le début à quel point il ou elle rassemble. Ça sera à confirmer dimanche dans son meeting, mais regardez comme la transformation en « Papi Mélenchon » est déjà très avancée ? LFI a bien conscience du « sujet » de cette campagne.
Au-delà d’effets de bord délétères d’une telle campagne (place non plus prépondérante mais carrément décisive donnée aux sondages, bataille entre les challengers pendant que le RN déroule…)j’ai peur qu’une élection dans de telles conditions ne soit pas propice à l’émergence d’une vraie belle campagne, d’un débat utile au pays, dont nous aurions pourtant bien besoin- on en parlait dans le tout premier épisode de Blocs & Partis. Une nouvelle fois, il va s’agir de parer au plus pressé, au plus urgent - contre l’extrême droite. Mais une urgence étalée sur onze mois, ça va être très long.
Vous n’attendez qu’une chose : le début des rollings présidentiels ? Au contraire vous ne vous intéresserez au scrutin que deux jours avant ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.
Choses vues
Retour vers le Gaullisme // J’avoue que la campagne de Villepin, je la voyais un peu comme ça : trois ou quatre chevaliers du gaullisme, un peu romantiques, qui partent en campagne sabre au clair en clamant « la France, on va la prendre ». Eh bien c’est un peu plus sérieux que ça. Après l’avoir suivi une journée en Charente-Maritime, entre La Tremblade et La Rochelle, le 28 mai, j’ai en fait trouvé ça assez solide ! Alors, bien entendu, il y a une sorte d’effet de contraste entre mes attentes, vous l’avez compris, très limitées ; et aussi parce que je passe le plus clair de mon temps à suivre la gauche « non-mélenchoniste » où j’ai rien vu de « solide » depuis un bail. Dominique de Villepin semble à l’aise avec les gens, n’a pas l’air de se forcer (au pire, c’est un excellent comédien), il est charismatique… Il a même plutôt une vision, avec une sorte de gaullisme assez nettement ripoliné. Franchement, tout le monde n’a pas ça dans les principaux candidats du moment. Mais pour ne serait-ce que compter parmi les candidats importants de cette élection, il lui manque de l’argent, une structure plus importante et… des circonstances. Ça demande de la « chance », mais pas que ! C’est aussi une partie du boulot des politiques de faire que les circonstances changent. À voir.
Intervillage // Voici un beau, un vrai reportage politique. Le Monde et Camille Bordenet sont allés dans la Drôme, à Dieulefit, où la municipalité écologiste qui avait gagné les élections de 2020 s’est fait nettement battre par une liste de droite cette année. Dans cette partie de la France où les « ruralités alternatives » ont fait leur place, un choc des cultures tout ce qu’il y a de plus politique a lieu depuis quelque temps (on avait parlé de ce type de région il y a quelques mois avec Mathieu Gallard). Le reportage, particulièrement subtil, ne jugeant aucun des deux camps, mérite vraiment le détour. Petit bonus pour l’iconographie, plus que jamais on point.
C’est une bonne situation, ça, président ? // Il n’était pas évident qu’on parle dans cette newsletter de cinéma et en particulier de comédie : cette performance va être réalisée aujourd’hui. Je ne saurais trop vous conseiller le dernier épisode de la très excellente série « Rigolo » consacré à « Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre ». David Honnorat et Hugo Alexandre, qui expliquent depuis 16 numéros et huit ans les métas des comédies à la française, se sont cette fois penchés sur la plus grande comédie française du XXIe siècle, au ressort politique insoupçonné. Un lien, plutôt convaincant, est magnifiquement tissé entre Astérix le Gaulois, le héros intergénérationnel tel que lui ont donné vie Goscinny et Uderzo, le film mythique d’Alain Chabat et le « moment » du film : celui de la France entre le 12 juillet 1998 et le 21 avril 2002, celui de la France Black Blanc Beur. Même si les deux auteurs trouvent tout de même une conclusion positive, on peut aussi comprendre que la comédie française et le pays tout entier ne s’en sont encore jamais vraiment remis. Bref, courez voir cette brillante vidéo et le reste de la série qui, parfois, a ce zeste de politique comme sur les comiques de droite, l’homosexualité ou ce pays de touristes que nous sommes.
La Carte électorale perdue : devinez la ville à ses urnes
Saurez-vous reconnaître quelle ville se cache derrière les résultats des onze élections présidentielles de la Ve République ? Le principe est simple, la réponse beaucoup moins.
Une règle : on ne cherche que des préfectures ou sous-préfectures. Ce qui nous permet déjà de limiter les réponses possibles, de bien quadriller le territoire et d’avoir des très grandes villes et des toutes petites.
Cette semaine, on essaye sans indice…
Une idée de la réponse ? Envoyez-la-moi à blocsetpartis+jeu@gmail.com. Solution bien sûr dans la prochaine newsletter.
La solution du 21 mai // Oula, une ville universitaire qui vote Jean Lassalle à ce point ? Pau ? Mais non, le vote Bayrou y est bien trop faible. Sachant que la force du vote Lassalle se trouve dans des très petites communes au delà du Béarn, pas simple… Mais il y a un autre déterminant de ce vote : la Corse. Et même si plusieurs ville de l’île ont des établissements universitaires, le siège de celle-ci est dans une seule… Nous étions donc à Corte !
Le premier à avoir trouvé la bonne réponse est Maverick Martins, bravo !
Alors qu’il ne reste que six points à distribuer (si une personne est deux fois la plus rapide avec la bonne réponse), cette victoire le fait revenir comme une balle dans la course au podium. Pour le moment, Antoine Mire est toujours deuxième avec 16 points et Arthur Nicolas 3e avec 16 points (Antoine a trouvé plus de communes, Arthur a plus de points de rapidité). Après on trouve Paul Stuckle à 15 points, Nicolas Bousquet et Simon Billouet à 14 points, Arthur Péregrin, Romain Miele-Hubert et Maverick Martins à 13 points (comme l’impression qu’il y a ici un match dans le match entre ces deux) et Philippe Delepierre à 12 points. Rappellons que la première place est inateignable, Valerio Motta est déjà titré avec ses…26 points and counting.
Les données utilisées proviennent du ministère de l’Intérieur et de J. Cagé et T. Piketty (2023) : Une histoire du conflit politique. Élections et inégalités sociales en France, 1789-2022. Le Seuil.
C’est tout pour moi cette semaine. Je vous donne rendez-vous jeudi 18 juin 2026 pour le dix-huitière et avant-dernier épisode de la première saison de Blocs & Partis.
Électoralement vôtre,
R. G.-V.







